Le piège américain : comment une loi conçue pour bloquer les voitures chinoises pourrait chasser Mercedes-Benz des États-Unis

Washington. Une proposition de loi bipartisane examinée par le Congrès américain, le « Motor Vehicle Modernization Act of 2026 », pourrait avoir un effet collatéral de taille : l'interdiction pure et simple des ventes de véhicules neufs Mercedes-Benz sur le marché américain. Le texte, qui vise à limiter l'influence économique de la Chine en ciblant les constructeurs détenus à plus de 15 % par des capitaux chinois, menace directement Mercedes-Benz. La part combinée des investissements chinois (BAIC et Li Shufu) dépasse en effet largement ce seuil, exposant le constructeur allemand à un risque de bannissement pour une durée de cinq ans, malgré sa présence industrielle historique aux États-Unis.

Un boulet chinois pour l'étoile allemande

La mondialisation de l'automobile a tissé des liens si étroits entre les nations qu'un coup de semonce politique dans un hémisphère peut faire trembler les chaînes de montage de l'autre. C'est le paradoxe dans lequel se trouve plongé Mercedes-Benz depuis plusieurs jours. Une proposition de loi américaine, le Motor Vehicle Modernization Act of 2026 (MVMA), initialement conçu pour ériger une forteresse commerciale face à l'arrivée massive des véhicules électriques chinois, pourrait se transformer en un piège redoutable pour la prestigieuse marque à l'étoile.

En clair, le Congrès américain est en train de débattre d'un texte qui, dans sa forme actuelle, menace d'interdire à Mercedes-Benz de vendre ne serait-ce qu'une seule voiture neuve sur son deuxième marché mondial. Ce n'est pas une hypothèse d'école. Des sources proches des négociations, citées par CNBC, confirment que le langage du projet de loi, qualifié de « sans ambiguïté » par un ancien conseiller automobile, aurait des conséquences radicales. Derrière ce projet, c'est toute la fragilité de l'équilibre géopolitique actuel qui se dessine. Comment un constructeur aussi ancré dans le paysage industriel américain, employant plus de 10 000 personnes et produisant localement depuis trois décennies, peut-il être un jour menacé d'expulsion ?

Le couperet législatif – Le Motor Vehicle Modernization Act en détail

La genèse de cette menace se trouve dans le langage très spécifique du Motor Vehicle Modernization Act of 2026. Porté par le républicain Brett Guthrie, président de la commission de l'énergie et du commerce de la Chambre des représentants, le texte a été conçu avec un objectif affiché : protéger le marché américain contre les constructeurs automobiles pouvant servir de vecteurs d'influence à des « gouvernements étrangers adversaires ».

La définition de ces « adversaires » est claire : y figurent la Chine, la Russie et la Corée du Nord. Mais c'est le volet financier du texte qui est le plus explosif. Le MVMA prévoit d'interdire purement et simplement la fabrication, l'importation ou la vente de véhicules neufs pour toute entreprise où un gouvernement étranger adverse détient une participation. Plus précisément, le seuil critique est fixé à 15 % du capital, détenu directement ou indirectement.

Le texte a déjà franchi une étape importante. Une commission de la Chambre des représentants a adopté une disposition visant à interdire les entreprises dont au moins 15 % sont détenues par des pays répertoriés comme adversaires. Si elle franchit l'étape finale, la mesure serait en vigueur pour une durée de cinq ans, un coup d'arrêt dévastateur pour tout constructeur.

États-Unis
Culture
Dune 3 : Ultime voyage sur Arrakis

L’empereur face à ses contradictions

Lire l'article
France
Économie
France : DPE, l’ultimatum 2025-2028

MaPrimeRénov’ 2026 : les nouvelles règles

Lire l'article

L'actionnariat chinois, un boulet pour Mercedes-Benz

Alors pourquoi Mercedes-Benz se retrouve-t-il dans la ligne de mire ? La réponse se trouve à Francfort, dans la tour de verre du constructeur. L'actionnariat de Mercedes-Benz Group AG est en effet un casse-tête géopolitique. Son premier actionnaire individuel est BAIC (Beijing Automotive Industry Holding Co.), un géant public chinois, qui détient précisément 9,98 % des droits de vote.

En soi, ce chiffre est inférieur au seuil fatidique des 15 %. Mais le problème ne s'arrête pas là. Le deuxième plus grand actionnaire du groupe est Li Shufu, le fondateur et président du constructeur chinois Geely, qui possède 9,69 % du capital via sa société Tenaciou3 Prospect Investment Limited. La combinaison des parts chinoises (BAIC et Li Shufu) atteint donc près de 20 %, soit environ 19,67 % du groupe. Cette addition dépasse largement le seuil de contrôle que le Congrès américain souhaite bannir.

C'est sur ce point précis que le bât blesse. Une source anonyme, familière du dossier, a clairement indiqué à CNBC que, selon l'interprétation actuelle du texte, cette double présence chinoise ferait automatiquement basculer Mercedes-Benz dans la catégorie des entreprises « contrôlées » par des adversaires, le mettant ainsi hors-la-loi sur le territoire américain.

Un ancrage américain paradoxal – Des usines historiques menacées

L'ironie de la situation saute aux yeux. Si cette loi était appliquée, elle ne frapperait pas une entreprise étrangère importatrice, mais un acteur industriel majeur des États-Unis. Mercedes-Benz n'est pas un nouveau venu. La marque allemande a une longue et riche histoire en Amérique du Nord. Son usine de Tuscaloosa, en Alabama, produisait encore 260 000 SUV en 2024 et a fêté le cap des 5 millions de véhicules assemblés depuis son ouverture en 1997.

L'usine emploie directement plus de 6 000 personnes, et avec son site de camionnettes en Caroline du Sud, ce sont plus de 10 000 Américains qui travaillent pour la marque à l'étoile. De plus, en mars 2026, juste avant l'annonce de ce projet de loi, Mercedes-Benz avait réaffirmé son engagement en investissant 4 milliards de dollars supplémentaires dans son usine d'Alabama jusqu'en 2030 pour y produire ses nouveaux SUV électriques. L'usine exporte près de 60 % de sa production, ce qui fait de Mercedes-Benz l'un des plus grands exportateurs automobiles des États-Unis.

Ce n'est donc pas un simple importateur de voitures de luxe que la loi menacerait, mais un pilier de l'industrie manufacturière américaine. Le paradoxe est total : une loi qui se veut protectrice de l'emploi américain risquerait de détruire des milliers d'emplois locaux.

Le saviez-vous ? Le seuil fatidique de contrôle fixé par le Congrès américain n'est que de 15 %. Or, les intérêts chinois dans Mercedes-Benz dépassent les 19,6 %. C'est là la source du problème juridique. Chiffre clé : L'usine d'Alabama ne produit pas que pour les USA. 60 % des SUV qui y sortent sont destinés à l'exportation mondial. Une interdiction de vente locale tuerait une plateforme logistique globale.

Les garde-fous insuffisants – L'absence d'exemption pour Mercedes

Face à l'évidence du désastre économique potentiel, l'industrie se demande si des exemptions ne pourront pas être négociées. Le Motor Vehicle Modernization Act prévoit en effet une clause de « grandfathering » : les constructeurs qui produisent des véhicules aux États-Unis depuis au moins le 1er janvier 2021 pourraient théoriquement bénéficier d'un laisser-passer.

C'est là que le bât blesse une seconde fois. Cette exemption ne s'applique pas aux entreprises qui ont des liens directs ou indirects avec des gouvernements adversaires. Plusieurs experts et lobbyistes consultés par CNBC estiment que, même avec une production locale historique, Mercedes-Benz ne pourrait pas se prévaloir de cette exemption. Le fait que ses actionnaires soient étrangers prévaudrait sur son histoire industrielle locale. L'administration Trump, et plus généralement le bipartisan washingtonien, semblent déterminés à ne laisser aucune brèche dans leur lutte contre l'influence chinoise, quitte à transformer un allié allemand en dommage collatéral. Un responsable de l'Energy and Commerce Committee a confirmé la teneur du texte sans commenter le cas spécifique de Mercedes-Benz.

Conséquences économiques et échiquier politique – Un bras de fer à plusieurs niveaux

Pour Mercedes-Benz, l'enjeu est colossal. Les États-Unis sont le deuxième marché mondial du groupe, avec plus de 303 200 véhicules de tourisme vendus en 2025, soit une augmentation de 1 %. Perdre cet accès, ne serait-ce que pour cinq ans, serait une hémorragie financière catastrophique. Les actions Mercedes-Benz ont déjà réagi à l'annonce de cette loi par une baisse modérée, signe que la menace est prise très au sérieux par les investisseurs.

Sur le plan diplomatique, Berlin regarde cette affaire avec une profonde inquiétude. L'Office fédéral allemand pour la sécurité des technologies de l'information (BSI) pourrait être amené à réagir, mais la marge de manœuvre de l'Allemagne est limitée. Washington semble prêt à accepter le sacrifice de l'industrie européenne pour assurer sa domination industrielle. C'est un véritable test pour les relations transatlantiques.

Pour l'instant, Mercedes-Benz reste discret. Le constructeur a refusé de commenter publiquement la législation, se contentant de rappeler son ancrage américain. En coulisses, les lobbyistes de la marque sont à pied d'œuvre pour tenter de convaincre les élus républicains de l'Alabama, dont l'État abrite la mégafactory, du non-sens économique de cette mesure. Un lobbying intense est en cours, car si la loi devait passer en l'état, Mercedes-Benz serait contrainte, comme l'écrivent nos confrères de TT News, de revoir entièrement sa stratégie américaine.

Contactez la rédaction

Découvrez Le Grand Courant – votre source incontournable d'actualités et votre partenaire de croissance ! Restez informé(e) avec nos analyses exclusives sur l'économie, la politique et la culture, tout en profitant d'une plateforme idéale pour promouvoir vos produits ou services auprès d'une audience engagée. Que vous soyez lecteur passionné ou entreprise ambitieuse, nous vous offrons une visibilité optimale grâce à des abonnements premium et des solutions publicitaires sur mesure (articles sponsorisés, bannières, interviews). Rejoignez notre communauté dynamique de décideurs et d'influenceurs !
Contactez-nous dès maintenant pour vous abonner ou promouvoir votre marque, et suivez-nous sur @legrandcourant

Auteur
June 7, 2026 4:10
Crée
June 7, 2026 4:10
Mis à jour
Mercedes et le piège législatif de Washington
7min
Temps de lecture
June 7, 2026 4:11
Publié

France : DPE, l’ultimatum 2025-2028

DPE 2026-2034 : comment l’interdiction progressive des passoires thermiques transforme le marché immobilier français

Dune 3 : Ultime voyage sur Arrakis

Dune 3 : analyse du duel au sommet contre Avengers: Doomsday et des enjeux géopolitiques du film

Ladurée x Casablanca : la collab qui fait sensation

Ladurée x Casablanca : quand la pâtisserie parisienne s’invite dans la garde-robe – Une collection capsule qui brouille les frontières entre gastronomie et mode

Name
% Chg
Pays
P. Williams
+5.25%
États-Unis
Abdul Samad Rabiu
+3.82%
Nigéria
Donald Trump
+1.18%
États-Unis
Achraf Hakimi
+0.82%
Maroc
En Continu
L'Actu en Continu.