
Les Lions de l'Atlas ont entamé leur Coupe du monde 2026 sur un match nul spectaculaire face au Brésil (1-1), samedi 13 juin au MetLife Stadium de New York. Menés au score par Ismael Saibari dès la 21e minute, les hommes de Mohamed Ouahbi ont été rejoints par un Vinicius Junior étincelant onze minutes plus tard. Si le résultat laisse un goût d'inachevé côté marocain, la prestation d'ensemble confirme le nouveau statut des Lions de l'Atlas dans le gotha mondial, à trois jours de leur match décisif face à l'Écosse.
Un point arraché à la Seleção, et un symbole pour tout un continent
New York n'avait sans doute jamais vu autant de drapeaux rouge et vert se mêler aux couleurs jaune et bleu du Brésil. Au MetLife Stadium, 80 663 spectateurs ont assisté, samedi 13 juin, à un match qui restera comme l'une des premières grandes affiches de cette Coupe du monde 2026 organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique. Score final : 1-1. Sur le papier, un partage des points entre une nation cinq fois championne du monde et une sélection africaine qui avait créé la sensation lors du précédent Mondial au Qatar. Dans les faits, ce nul a une saveur particulière, et il en dit long sur l'état de forme respectif des deux équipes à l'entame de la compétition.
Pour le Maroc, ce point pris d'entrée face à l'un des grands favoris du tournoi n'est ni une surprise totale, ni une déception complète. C'est davantage la confirmation d'une trajectoire entamée il y a quatre ans, lorsque les Lions de l'Atlas étaient devenus la première équipe africaine et arabe à atteindre les demi-finales d'une Coupe du monde. Depuis, le onze marocain n'a cessé de gravir les échelons du classement FIFA, où il pointe aujourd'hui à la huitième place mondiale, son meilleur classement historique. Ce nul à New York ne fait donc que confirmer ce que beaucoup d'observateurs pressentaient : le Maroc n'est plus une équipe qui se contente de jouer les Mondiaux, elle est désormais une équipe qui les façonne.
Pour le Brésil, en revanche, l'addition est plus salée. La Seleção entamait sa campagne américaine avec l'ambition affichée de soulever un sixième trophée mondial, vingt-quatre ans après le dernier sacre. Sous la houlette de Carlo Ancelotti, arrivé à la tête de la sélection brésilienne avec un statut de technicien parmi les plus titrés de l'histoire du football européen, l'équipe alignait pourtant un effectif XXL, avec Vinicius Junior, Neymar, Raphinha ou encore Casemiro et Marquinhos en défense centrale. Sur le terrain, cette armada a longtemps semblé fébrile, dominée dans le jeu et dans les intentions par une formation marocaine qui n'a jamais paru impressionnée par le standing de son adversaire.
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Ce qui frappe d'abord, à l'analyse du match, c'est la clarté du plan tactique déployé par le sélectionneur marocain Mohamed Ouahbi. Plutôt que de presser haut, comme on aurait pu s'y attendre face à une défense brésilienne réputée pour sa qualité de relance, le Maroc a choisi de verrouiller son bloc médian et de déclencher un pressing intense uniquement lorsque le ballon franchissait la ligne médiane, en orientant systématiquement le jeu vers les couloirs. Un dispositif en 4-2-3-1, compact et discipliné, qui a permis aux Lions de l'Atlas de couper les lignes de passe entre le milieu et l'attaque brésilienne pendant près d'une heure de jeu.
Dans l'entrejeu, la paire formée par Ayyoub Bouaddi et Neil El Aynaoui a particulièrement brillé, multipliant les récupérations hautes et les transitions rapides. Plusieurs observateurs ont salué la performance du jeune Bouaddi, décrit comme l'un des artisans les plus discrets mais les plus efficaces de la première période marocaine. Le but inscrit à la 21e minute est d'ailleurs l'illustration parfaite de ce plan de jeu : sur une passe lumineuse de Brahim Diaz, lancé dans l'intervalle laissé par une défense brésilienne mal repositionnée, Ismael Saibari s'est retrouvé seul face à Alisson Becker, l'un des meilleurs gardiens du monde, et l'a battu d'une délicate pichenette du pied droit. Un but qui n'est pas le fruit du hasard, mais bien l'aboutissement d'un mouvement collectif pensé en amont par le staff marocain.
Pendant près d'une heure, le Maroc a donc dicté le tempo. Les statistiques de la rencontre, largement commentées dans la presse spécialisée, montrent que les Lions de l'Atlas ont terminé la rencontre avec un nombre de tirs supérieur à celui de leur adversaire, malgré un temps de possession généralement favorable au Brésil. Une donnée qui résume bien la physionomie du match : davantage de ballon pour la Seleção, davantage de dangerosité pour le Maroc.
L'éclair Vinicius Junior et la réaction d'Ancelotti, ou comment le Brésil a évité la correction
Mais le football reste un sport où l'efficacité individuelle peut, en une fraction de seconde, renverser un rapport de forces. À la 32e minute, Vinicius Junior a rappelé pourquoi il est considéré comme l'un des joueurs les plus dangereux de la planète. D'un geste solitaire, l'ailier brésilien a remis les deux équipes à hauteur, douchant l'enthousiasme d'un stade largement acquis aux couleurs marocaines. Ce but a eu un effet immédiat sur la physionomie de la rencontre : pour la première fois depuis le début du match, le Brésil a semblé retrouver de la confiance, sans toutefois parvenir à inverser totalement la tendance avant la pause.
C'est à la mi-temps que Carlo Ancelotti a pris la décision la plus marquante de sa soirée. Le technicien italien, habitué aux grandes joutes européennes avec le Real Madrid, a procédé à deux changements immédiats, sortant Casemiro et Roger Ibañez, tous deux avertis avant la 43e minute et menacés d'une possible expulsion en seconde période. Une décision pragmatique, qui a permis au Brésil de retrouver un peu plus de fluidité dans la circulation du ballon et de monopoliser davantage la possession lors du second acte. Mais cette réaction, aussi efficace soit-elle sur le plan comptable, a été analysée par plusieurs observateurs comme la gestion d'un problème plutôt que l'expression d'une stratégie de jeu aboutie.
Sur le plan symbolique, les déclarations d'après-match ont également beaucoup fait parler. Interrogé au micro de beIN Sports, Carlo Ancelotti s'est montré particulièrement laconique, reconnaissant que la rencontre avait été difficile et que le Maroc avait été performant, avant d'ajouter que son équipe avait été meilleure en seconde période, sans donner davantage de détails sur les axes d'amélioration identifiés pour la suite du tournoi. Une posture qui tranche avec celle, plus disserte, de son milieu de terrain Bruno Guimarães, lequel a livré une analyse plus nuancée de la prestation collective brésilienne.

Bounou, rempart des Lions : la dernière ligne de défense qui a sauvé le point
Si le Maroc a globalement dominé la première période et résisté en seconde, c'est aussi grâce à la solidité de son gardien Yassine Bounou, surnommé Bono. Le portier marocain, déjà héros de la demi-finale de 2022, a multiplié les interventions décisives en fin de match, repoussant notamment une frappe lointaine d'Igor Thiago avant de sortir dans les pieds d'un attaquant brésilien pour étouffer une situation chaude impliquant Raphinha. Ces parades, intervenues alors que le Brésil poussait pour arracher la victoire dans les derniers instants, ont permis au Maroc de préserver ce point précieux.
En défense centrale, Issa Diop a également livré une prestation solide, repoussant plusieurs offensives brésiliennes dans les dernières minutes. La dernière occasion du match est revenue au Maroc, par l'intermédiaire de Neil El Aynaoui, dont la frappe tentée dans le temps additionnel n'a pas trouvé le cadre. Une dernière image qui, à elle seule, résume le sentiment partagé côté marocain : celui d'avoir eu les moyens de faire davantage, sans pour autant en payer le prix sur le plan du résultat.
Réactions et enjeux : ce que ce nul change pour la course à la qualification dans le groupe C
Côté marocain, les réactions d'après-match ont oscillé entre satisfaction et léger regret. Entré en cours de jeu, le défenseur Samir El Mourabet a résumé l'état d'esprit du vestiaire en évoquant un bon résultat contre le Brésil, tout en savourant l'émotion de disputer sa première Coupe du monde. Le sélectionneur Mohamed Ouahbi, de son côté, n'a pas caché une certaine frustration, estimant que son équipe avait les moyens d'aller chercher la victoire. On aurait voulu gagner, mais ça reste quand même un bon premier match, a-t-il commenté, selon des propos relayés par plusieurs médias sportifs.
Sur le plan du classement, ce point pris d'entrée a une importance capitale dans la configuration du groupe C, qui réunit également l'Écosse et Haïti, deux nations retrouvant la Coupe du monde après plusieurs décennies d'absence. Lors de la même journée, l'Écosse s'est imposée de manière étriquée face à Haïti, ce qui place d'emblée les Écossais en position favorable. Pour le Maroc, l'enjeu est désormais clair : le prochain match, programmé face à l'Écosse, devient une finale anticipée pour la première place du groupe, avant un dernier match de poule contre Haïti qui s'annonce, sur le papier, plus abordable.
Ce calendrier n'est pas sans résonance historique. Il y a vingt-huit ans, lors de la Coupe du monde 1998 organisée en France, le Maroc avait déjà croisé le Brésil et l'Écosse dans sa phase de groupes, signant à l'époque une victoire éclatante 3-0 face aux Écossais. Un souvenir que le Maroc espère bien raviver, dans un contexte où la marge d'erreur est désormais quasi nulle pour viser une qualification directe pour les seizièmes de finale.
Au-delà du résultat brut, ce match nul confirme une tendance de fond observée depuis plusieurs années : le football marocain a changé d'échelle. La génération actuelle des Lions de l'Atlas, qui mélange des joueurs évoluant dans les plus grands clubs européens et de jeunes talents émergents comme Bouaddi ou El Aynaoui, dispose désormais d'une profondeur d'effectif et d'une maturité tactique qui n'ont plus rien à envier aux grandes nations traditionnelles du football mondial. Cette montée en puissance s'inscrit également dans un contexte plus large de structuration du football marocain, porté par des investissements massifs dans les infrastructures sportives à l'approche de la Coupe du monde 2030, que le Royaume coorganisera avec l'Espagne et le Portugal.
Pour les supporters marocains, présents en très grand nombre à New York comme le veut désormais la tradition lors des grandes compétitions, ce résultat est aussi un encouragement avant un mois de juin qui s'annonce intense. La Royal Air Maroc avait d'ailleurs mobilisé des vols spéciaux supplémentaires pour permettre à la diaspora de rejoindre les États-Unis et de soutenir l'équipe nationale, illustrant l'ampleur de la mobilisation populaire autour de cette campagne mondiale. Reste désormais à transformer cette belle prestation en résultats comptables. Car dans le football, comme le veut l'adage, ce sont les points qui comptent, et non la qualité du jeu produit. À trois jours d'un rendez-vous décisif face à l'Écosse, les Lions de l'Atlas savent qu'ils n'auront cette fois plus le droit à l'erreur.
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