
La première semaine de la Coupe du monde 2026 a été marquée par une série de résultats inattendus, les sélections les moins cotées tenant en échec les grandes nations du football. Mercredi 17 juin, la République démocratique du Congo, pour son retour dans la compétition après 52 ans d’absence, a arraché un match nul historique (1-1) face au Portugal de Cristiano Ronaldo à Houston. Yoane Wissa, auteur de l’égalisation dans le temps additionnel de la première période, est devenu le premier buteur congolais de l’histoire en Coupe du monde. Ce résultat s’inscrit dans une tendance lourde : le Cap-Vert a tenu l’Espagne en échec (0-0) pour ses débuts, la Nouvelle-Zélande a accroché l’Iran (2-2), l’Arabie saoudite a résisté à l’Uruguay (1-1) et l’Égypte a contraint la Belgique au partage des points (1-1). Jamais depuis 1958, une journée du Mondial n’avait compté autant de matchs nuls. Les outsiders sont décidément bien décidés à ne pas se laisser faire.
Houston, 17 juin 2026 : le jour où les Léopards ont rugi
Il était une fois, au NRG Stadium de Houston, une rencontre qui avait tout du combat de David contre Goliath. D’un côté, le Portugal, quintuple vainqueur du Championnat d’Europe et armé de son légendaire capitaine Cristiano Ronaldo, 41 ans, sextuple participant à une Coupe du monde. De l’autre, la République démocratique du Congo, de retour sur la scène mondiale après un demi-siècle d’absence. La dernière fois que le pays – alors appelé Zaïre – avait foulé les pelouses d’un Mondial, c’était en 1974 en Allemagne de l’Ouest. Ce jour-là, les Léopards avaient perdu leurs trois matchs sans inscrire le moindre but.
Mercredi 17 juin 2026, l’histoire a pris un tout autre tour. Devant 68 777 spectateurs majoritairement acquis à la cause portugaise, la RDC a livré une prestation de courage et de détermination qui restera gravée dans les mémoires. Le bourgmestre de la commune de N’djili à Kinshasa a salué « la combativité et la volonté de défendre avec honneur les couleurs de la RDC », des mots qui résonnent comme un écho à la ferveur populaire qui a saisi tout un pays.
Les premières minutes ont pourtant laissé craindre le pire. Dès la 6e minute, João Neves, le milieu du PSG, a placé une tête imparable sur un centre venu du côté droit, offrant l’avantage aux Portugais. Le Portugal maintenait sa pression, et l’on pouvait craindre un score fleuve face à des Congolais déboussolés. Mais les Léopards ont puisé dans leurs ressources pour rééquilibrer le jeu, « ratant beaucoup d’occasions nettes de but » avant de trouver enfin la faille.
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Le tournant du match est intervenu dans le temps additionnel de la première période. Sur un corner exécuté par Arthur Masuaku, Yoane Wissa a jailli au cœur de la surface portugaise pour reprendre le ballon de la tête et tromper le gardien Diogo Costa. L’égalisation, à la 45e+5 minute, a provoqué une explosion de joie parmi les petits groupes de supporters congolais disséminés dans le stade. Ce but, « un but vieux de 52 ans » selon les observateurs, est le premier de l’histoire de la RDC en Coupe du monde. Wissa est entré dans la légende.
En seconde période, les deux équipes se sont neutralisées. Le Portugal a poussé, Ronaldo a eu deux occasions franches (69e, 73e), mais ses têtes sont passées à côté du cadre, provoquant chez lui des gestes de dépit. Les Congolais ont même touché le poteau par l’intermédiaire de Cédric Bakambu (57e) et auraient pu arracher la victoire. Bruno Fernandes, dans le temps additionnel, a également manqué une opportunité de donner l’avantage aux siens. Le score en est resté là : 1-1.
Ce match nul a une saveur toute particulière pour la RDC. Il s’agit du tout premier point de l’histoire du pays dans une phase finale de Coupe du monde. Pour une équipe qui, en 1974, avait encaissé 14 buts en trois matchs (0-2 contre l’Écosse, 0-9 contre la Yougoslavie, 0-3 contre le Brésil champion du monde), la performance est tout simplement historique. Les Léopards, sous la houlette de leur capitaine Chancel Mbemba, ont montré qu’ils n’étaient pas venus en Amérique du Nord pour faire de la figuration.
Ronaldo, sixième Mondial mais première déception
Cristiano Ronaldo, lui, a vécu une soirée frustrante. À 41 ans, il est devenu le deuxième joueur de l’histoire, avec Lionel Messi, à disputer six Coupes du monde. Il est également devenu le joueur de champ le plus âgé à débuter un match de Coupe du monde, dépassant le record du Canadien Atiba Hutchinson établi en 2022. Mais ces records personnels n’ont pas suffi à son bonheur. « Ronaldo et le Portugal ont terminé le match sous le choc », a résumé la presse internationale.
L’attaquant portugais a eu l’occasion de devenir le premier joueur à marquer dans six éditions différentes de la Coupe du monde, mais ses deux tentatives en seconde période sont passées à côté. Il a secoué la tête, incrédule, après chacun de ses échecs. La Seleçao, annoncée parmi les favoris du groupe K, a manqué son entrée en lice. Roberto Martinez, le sélectionneur portugais, devra trouver des solutions pour réactiver son attaque avant les matchs contre l’Ouzbékistan et la Colombie.
Le match a également été marqué par une note d’émotion. Les parents de Diogo Jota, le joueur portugais décédé dans un accident de voiture l’été précédent aux côtés de son frère, ont assisté à la rencontre dans une loge de luxe. Un hommage silencieux à la mémoire d’un joueur dont le destin tragique a rappelé, au milieu de la liesse sportive, la fragilité de la vie.
La vague des matchs nuls : une première depuis 1958
Le match nul entre la RDC et le Portugal n’est pas un cas isolé. Il s’inscrit dans une tendance lourde qui a marqué cette première semaine du Mondial 2026. Lundi 15 juin, quatre matchs sur quatre se sont soldés par des partages des points, du jamais-vu depuis l’édition 1958 en Suède. Et tous ces matchs ont vu des équipes considérées comme inférieures tenir tête à des favoris.
Le plus retentissant de ces exploits est sans conteste celui du Cap-Vert. Pour sa toute première participation à une Coupe du monde, la modeste nation africaine, classée 67e au classement FIFA, a tenu en échec l’Espagne, championne d’Europe en titre et numéro 2 mondiale. Au Mercedes-Benz Stadium d’Atlanta, les Requins bleus ont résisté aux assauts espagnols grâce à une organisation défensive de fer et à un gardien de 40 ans, Vozinha, auteur de sept arrêts décisifs. L’Espagne a dominé la possession à 74 % et affiché un taux de buts attendus de 2,29, mais elle n’a jamais réussi à trouver la faille. « Ce nul signifie tout pour nous », a déclaré l’entraîneur cap-verdien Bubista. L’Arabie saoudite (61e) a accroché l’Uruguay (16e) sur le score de 1-1. La Nouvelle-Zélande, classée 85e et la moins bien classée des 48 équipes qualifiées, a fait match nul 2-2 contre l’Iran, 20e mondial. L’Égypte (29e) a contraint la Belgique (9e) au partage des points (1-1).
Cette série de résultats inattendus a provoqué un séisme dans le monde des paris sportifs. L’Espagne était donnée à -1500 pour battre le Cap-Vert, ce qui signifie qu’il fallait miser 1 500 dollars pour en gagner 100. Les parieurs qui avaient inclus la Roja dans leurs paris combinés ont vu leurs pronostics s’effondrer. « Cela montre à quel point il est difficile de jouer un premier match en Coupe du monde », a commenté le joueur uruguayen Maxi Araújo.
Les outsiders, nouveaux maîtres du jeu ?
Ce début de tournoi invite à une réflexion plus large sur l’évolution du football mondial. Le passage à 48 équipes, effective pour cette édition 2026, a offert une scène plus vaste à des nations inédites. Mais ces nations ne sont pas venues en touristes. Elles ont montré qu’elles avaient leur place à ce niveau, et qu’elles étaient capables de rivaliser avec les meilleurs.
Le football a ceci d’enivrant que le scénario d’un match est imprévisible. Bien sûr, sur la longueur d’un championnat, les favoris sont souvent au rendez-vous et les petits poucets se battent pour leur survie. Mais dans une Coupe, sur un match à élimination directe, tout peut arriver. Et ce Mondial 2026, avec son format élargi, en est la plus belle illustration. Les « petites nations », forcément plus nombreuses, ont prouvé qu’elles savaient bousculer l’ordre établi. Des matchs nuls arrachés, des favoris frustrés, des scénarios inattendus : le début du Mondial donne déjà de la place aux nations que l’on n’attendait pas forcément à ce niveau.
Pour la RDC, le chemin est encore long. Les Léopards affronteront la Colombie puis l’Ouzbékistan dans un groupe K où tout reste à faire. Mais ce premier point, arraché au prix d’un effort monumental, a changé la donne. « Ce résultat démontre la capacité de l’équipe nationale à faire face aux défis et à porter haut l’étendard du pays sur la scène sportive », a déclaré le bourgmestre de N’djili. Pour le Portugal, la désillusion est amère. Mais dans un groupe à quatre, avec deux qualifiés pour les seizièmes de finale parmi les trois premiers, rien n’est perdu. La Seleçao devra hausser le curseur, notamment dans l’intensité, si elle veut prétendre à une première étoile.
Une chose est sûre : cette première semaine du Mondial 2026 a envoyé un signal fort. Les géants du football ne sont plus à l’abri d’un coup de tonnerre. Et les Léopards de la RDC, les Requins bleus du Cap-Vert, les All Whites de Nouvelle-Zélande et les Pharaons d’Égypte ont prouvé que, dans le football, la hiérarchie ne se décrète pas. Elle se gagne sur le terrain.
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