
Dimanche 14 juin, sur la pelouse sud de la Maison-Blanche, le combattant de l'UFC Josh Hokit a provoqué un tollé en déclarant, en direct, « Michelle Obama est un homme » lors de son interview d'après-combat. Si le président de l'UFC, Dana White, a qualifié ces propos de « méchants et faux », la Maison-Blanche a refusé de les condamner, le porte-parole Steven Cheung préférant saluer la « grande victoire » du combattant. Cet incident survient alors que, quatre jours plus tard, l'Obama Presidential Center ouvrait ses portes à Chicago en présence de trois anciens présidents américains – mais sans Donald Trump, non invité. Entre l'UFC à la Maison-Blanche et l'inauguration du centre Obama, deux événements, deux ambiances, deux Amérique se font face. Retour sur une semaine où le sport, la politique et les attaques racistes se sont entremêlés.
UFC Freedom 250 : un événement historique, une insulte qui divise
Le 14 juin 2026 restera dans les annales comme la première fois qu'un événement sportif professionnel était organisé sur la pelouse de la Maison-Blanche. L'UFC Freedom 250, organisé pour célébrer le 80e anniversaire de Donald Trump et le 250e anniversaire des États-Unis, a rassemblé environ 4 300 invités sur place et attiré en moyenne 8,2 millions de téléspectateurs. La structure, baptisée « The Claw » – une imposante arche métallique de 92 pieds de haut – trônait sur la pelouse sud, tandis que 14 combattants s'affrontaient en back-à-back.
Mais ce qui devait être une célébration patriotique a pris une tournure controversée lorsque Josh Hokit, après sa victoire par TKO contre Derrick Lewis, a saisi le micro. Après avoir remercié son « Seigneur et Sauveur Jésus-Christ » et loué Donald Trump, le combattant a lancé, sans aucune provocation : « Et pour finir, Michelle Obama est un homme. N'est-ce pas, l'Amérique ? ». La foule a répondu par un mélange d'acclamations et de huées. Joe Rogan, le commentateur, n'a pas relevé.
La réaction ne s'est pas fait attendre. Dana White, président de l'UFC, a déclaré dans un texto au magazine Time : « Je comprends que les Obama sont des personnalités publiques, mais je suis totalement contre le fait de dire des choses méchantes et fausses sur les familles des gens. Tout le monde connaît ma position sur la liberté d'expression, mais je déteste ce genre de non-sens. ». En revanche, la Maison-Blanche a opposé un silence assourdissant. Interrogé par le journaliste de CNN Jake Tapper, le directeur des communications Steven Cheung a répondu : « Ce combattant a fait une grande victoire la nuit dernière. Il a montré de la ténacité et la capacité à faire pression sur son adversaire. ». Pas un mot de condamnation.
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Dans les heures et les jours qui ont suivi, la question s'est posée : Josh Hokit va-t-il faire face à des conséquences juridiques ? Les rumeurs d'une éventuelle plainte en diffamation de la part de Michelle Obama ont enflammé les réseaux sociaux. Des spéculations ont évoqué un parallèle avec l'affaire Candace Owens, qui fait actuellement face à la justice pour des propos similaires visant la première dame française Brigitte Macron.
Cependant, aucune confirmation officielle n'a été apportée. Selon une vérification des faits, « les allégations selon lesquelles Michelle Obama aurait intenté une action en justice contre Josh Hokit sont infondées. Il n'existe aucune preuve que l'ancienne première dame ait déposé une plainte en diffamation ». Les représentants des Obama n'ont pas commenté l'incident.
En revanche, Hokit lui-même a alimenté la controverse. Le 18 juin, il a publié sur Instagram ce qui ressemblait à des excuses – « Je me suis entretenu avec l'ancienne première dame Michelle Obama pour m'excuser de mes commentaires déplacés. Je me suis engagé à verser 50... » – avant de laisser planer le doute sur le caractère sincère de son mea culpa. Les observateurs y ont vu une provocation supplémentaire. Quant à d'éventuelles sanctions disciplinaires de l'UFC, Dana White n'a pas répondu aux questions sur ce point.
Obama Center : l'inauguration d'une autre Amérique
Quatre jours après l'incident de la Maison-Blanche, le 18 juin, une tout autre cérémonie se déroulait à Chicago : l'inauguration du Obama Presidential Center. Le complexe futuriste de 850 millions de dollars, situé dans le quartier de Jackson Park sur le South Side, a ouvert ses portes en présence de trois anciens présidents – Joe Biden, Bill Clinton et George W. Bush – ainsi que de célébrités comme Steven Spielberg, Tom Hanks, Oprah Winfrey, et des performances de Bruce Springsteen, Stevie Wonder, Bono et Eddie Vedder.
Donald Trump, lui, n'était pas invité. Son absence, dans une tradition où les anciens présidents honorent généralement les inaugurations de leurs successeurs, a été remarquée. Barack Obama, dans son discours, a appelé à l'unité : « Les gens ne recherchent pas la division et la colère perpétuelles. Ils recherchent l'équité, le bon sens et le respect mutuel. ». Sans jamais citer Trump, il a lancé une phrase qui a fait mouche : « Pas de rois » – un slogan populaire chez les opposants au président sortant.
Michelle Obama, quant à elle, a rendu un hommage émouvant à son mari. Le centre, qui comprend un musée, une bibliothèque publique, des terrains de basket et un studio d'enregistrement, devrait attirer entre 750 000 et un million de visiteurs par an. La comparaison entre cet événement solennel, tourné vers la mémoire et la communauté, et le spectacle combatif de la Maison-Blanche, n'a échappé à personne.

Un long passé d'attaques racistes contre les Obama
L'insulte de Josh Hokit ne tombe pas dans un vide historique. Elle s'inscrit dans une longue série d'attaques, souvent à connotation raciste, visant les Obama – et en particulier Michelle Obama – de la part de l'entourage de Donald Trump, voire du président lui-même.
En février 2026, Trump avait posté sur Truth Social une vidéo dans laquelle les visages de Barack et Michelle Obama étaient incrustés sur des primates dans une jungle. Après un tollé général, y compris au sein de son propre camp, la vidéo a été supprimée. La Maison-Blanche a d'abord défendu le post, avant de rejeter la faute sur un membre du personnel. Interrogé pour savoir s'il condamnait le racisme de la vidéo, Trump a répondu : « Bien sûr que oui » – sans jamais présenter d'excuses.
Cette affaire n'est que la dernière d'une longue liste. Trump a, pendant des années, alimenté la théorie du « birtherisme », affirmant faussement que Barack Obama n'était pas né aux États-Unis. Il a également tenu des propos généralistes et insultants sur les pays majoritairement noirs. Lors de la Convention nationale démocrate de 2024, Michelle Obama avait résumé cette hostilité en ces termes : « Pendant des années, Donald Trump a fait tout ce qui était en son pouvoir pour essayer de faire peur aux gens à notre sujet. Sa vision limitée et étroite du monde le faisait se sentir menacé par l'existence de deux personnes hautement éduquées et talentueuses qui se trouvent être Noires. »
L'insulte de Hokit – « Michelle Obama est un homme » – reprend une théorie du complot longtemps cantonnée aux « coins obscurs et réactionnaires d'Internet », comme le souligne le HuffPost. Elle est, selon les analystes, « raciste, transphobe et misogyne ». Hokit, qui s'est décrit comme « 100 % transphobe », a déjà utilisé cette même insulte contre la star du WNBA Brittney Griner. C'est toujours des femmes, et souvent des femmes de couleur, qu'il prend pour cible.
Deux Amériques, une même polarisation
La juxtaposition de l'UFC Freedom 250 à la Maison-Blanche et de l'inauguration du Obama Center à Chicago dessine les contours de deux Amériques. D'un côté, un président en exercice qui transforme la résidence exécutive en ring de combat, célébré par une frange de la population – seulement 16 % des Américains jugeant toutefois approprié d'organiser un tel événement à la Maison-Blanche, selon un sondage Reuters/Ipsos. De l'autre, des anciens présidents qui se réunissent autour d'un projet communautaire, dans un appel à l'unité teinté d'inquiétude pour la démocratie.
Le contraste est frappant. À la Maison-Blanche, un combattant profite d'une tribune nationale pour diffuser une insulte transphobe et misogyne, sans que l'administration ne juge utile de la condamner. À Chicago, une ancienne première dame est célébrée pour son élégance et son intelligence, tandis que son mari appelle à « embrasser nos responsabilités partagées en tant que citoyens ».
Même parmi les soutiens de Trump, l'incident de Hokit a provoqué des remous. David Marcus, chroniqueur de Fox News, a écrit sur X : « Le combattant qui crie "Michelle Obama est un homme" lors d'un événement officiel de la Maison-Blanche pour honorer l'Amérique est totalement inacceptable, et l'administration devrait le dénoncer sans équivoque. » Puis il a ajouté : « J'ai défendu les plans America 250 de l'administration, parce que je croyais qu'ils seraient vraiment non partisans, qu'ils nous rassembleraient vraiment. Mais j'avais tort. Et c'est nul. »
L'absence de condamnation de la Maison-Blanche a également soulevé des questions sur un deux-poids deux-mesures : comment ne pas critiquer les propos visant Michelle Obama quand on s'indigne des insultes contre Melania Trump ?. Le Parti démocrate, sur son compte X, a posté une image de Michelle Obama souriante avec ce message : « Michelle Obama vit dans leurs têtes, sans payer de loyer. »
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