Abidjan, 15 juin 2026 — La Côte d'Ivoire retrouve la Coupe du monde douze ans après sa dernière participation. Les Éléphants affrontent l'Équateur dans la nuit de dimanche à Philadelphie, pour leur entrée dans le groupe E. À Abidjan, cette première a des allures d'événement national : bars, hôtels et lieux publics se préparent à accueillir des milliers de supporters, dans une ville dont le parc hôtelier a connu une expansion spectaculaire depuis dix ans, porté par la stratégie touristique « Sublime Côte d'Ivoire » et l'héritage de la CAN 2023.

Le retour tant attendu : les Éléphants de nouveau sur la scène mondiale

Il aura fallu attendre douze longues années. Douze années sans Coupe du monde pour la Côte d'Ivoire, depuis l'édition brésilienne de 2014. Ce dimanche 15 juin, à minuit heure de Paris au Lincoln Financial Field de Philadelphie, les Éléphants retrouvent enfin la plus grande scène du football mondial, pour un match d'ouverture face à l'Équateur qui compte déjà beaucoup dans la course à la qualification du groupe E, où figurent également l'Allemagne et Curaçao.

Le chemin parcouru pour en arriver là a de quoi nourrir la fierté. Sous la conduite du sélectionneur Emerse Faé, déjà artisan du sacre continental lors de la Coupe d'Afrique des nations organisée à domicile en 2023, la sélection ivoirienne a bâti une qualification quasiment sans accroc, terminant en tête de son groupe avec huit victoires en dix matchs et, fait remarquable, sans concéder le moindre but durant toute la campagne africaine. Une rigueur défensive qui constitue, selon plusieurs observateurs spécialisés, le socle sur lequel les Éléphants comptent s'appuyer pour affronter une opposition sud-américaine réputée pour son intensité.

Pour parfaire sa préparation, l'équipe ivoirienne a multiplié les tests de haut niveau ces dernières semaines, avec notamment une victoire convaincante deux buts à un face à la France, en match amical disputé à Nantes début juin, sur un but d'Amad Diallo, suivie d'un succès deux buts à zéro contre la réserve du Philadelphia Union le 9 juin, à quelques kilomètres seulement du stade où se jouera le match d'ouverture. Autant de signaux qui rassurent un encadrement technique conscient de l'ampleur de l'événement à venir.

En face, l'Équateur n'arrive pas en simple figurant. La « Tri » dispute sa cinquième phase finale de Coupe du monde, après les éditions 2002, 2006, 2014 et 2022, et s'est qualifiée en s'offrant une deuxième place lors des éliminatoires sud-américaines, derrière l'Argentine et devant des nations aussi solides que le Brésil, l'Uruguay ou la Colombie. Sous la direction du technicien argentin Sebastián Beccacece, nommé en plein cœur de la campagne qualificative, la sélection équatorienne a affiché une régularité remarquable, avec huit victoires, huit matchs nuls et seulement deux défaites lors de son parcours. Portée par des individualités montantes comme Moisés Caicedo et William Pacho, elle évolue généralement dans un système exigeant, en 4-3-3 ou en 4-2-3-1, avec un pressing haut qui peut rapidement déstabiliser un adversaire mal préparé.

Le passif historique entre les deux confédérations n'est pas non plus à l'avantage des Ivoiriens : en trois confrontations précédentes face à des équipes sud-américaines en Coupe du monde, la Côte d'Ivoire n'a jamais réussi à s'imposer. Un statistique qui n'enlève rien à l'optimisme ambiant, mais que les observateurs locaux n'oublient pas de rappeler, soulignant l'importance pour les Éléphants de hausser le curseur dès cette entrée en matière, dans une poule où chaque point comptera face à l'Allemagne, l'un des ténors traditionnels du tournoi.

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À Abidjan, une nuit qui s'annonce électrique

Pendant que les Éléphants fouleront la pelouse du Lincoln Financial Field, c'est à des milliers de kilomètres, sur les bords de la lagune Ébrié, que va se jouer une autre partie : celle de la ferveur populaire. À Abidjan, l'attente de ce premier match a quelque chose d'un compte à rebours collectif. Dans les quartiers du Plateau, de Cocody, de Marcory ou de Yopougon, les terrasses, bars et maquis se préparent depuis plusieurs jours déjà à recevoir un afflux de supporters venus suivre la rencontre sur grand écran, malgré l'heure tardive du coup d'envoi.

Cette attente n'est pas une surprise pour qui suit l'actualité ivoirienne depuis le début de l'année. En février 2026, le trophée original de la Coupe du monde de la FIFA avait fait escale à Abidjan, dans le cadre d'une tournée mondiale organisée par Coca-Cola en prélude au tournoi. L'événement, qui s'est déroulé au Palais des Congrès du Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire, avait rassemblé des centaines, voire des milliers d'Ivoiriens venus, parfois sous la pluie, pour s'approcher du précieux trophée et immortaliser ce moment. Une mobilisation qui avait déjà donné le ton de ce que pourrait représenter, pour le pays tout entier, la participation des Éléphants à cette édition élargie à quarante-huit équipes.

La dimension diaspora ajoute encore à cette effervescence. Ce Mondial, coorganisé par les États-Unis, le Canada et le Mexique, offre une proximité géographique inédite pour les communautés ivoiriennes installées sur le continent nord-américain. Selon plusieurs médias spécialisés, plusieurs centaines de supporters ivoiriens établis sur la côte Est des États-Unis seraient attendus dans les tribunes de Philadelphie, une accessibilité que les observateurs considèrent comme l'un des atouts majeurs de cette édition du tournoi, bien au-delà du seul spectacle sportif.

Mais l'écho ne s'arrête pas à l'Amérique du Nord. Le succès de la Côte d'Ivoire dépasse désormais les frontières du continent africain et touche jusqu'aux communautés de la diaspora ivoirienne en Europe. Une anecdote, relayée récemment par la presse européenne, illustre bien ce phénomène : un pub irlandais situé dans le quartier de Grassmarket, à Édimbourg en Écosse, a choisi d'afficher publiquement son soutien aux Éléphants pour ce Mondial. L'établissement, qui diffuse les matchs sur onze écrans, a prévu des commentaires en français, de la musique ivoirienne, et même un musicien habitué du lieu s'est mis à apprendre l'hymne national ivoirien, l'Abidjanaise, en hommage à cette première de poule. Un symbole supplémentaire de la portée internationale que peut prendre, pour un pays, sa participation à la Coupe du monde.

Le parc hôtelier ivoirien, déjà transformé par une décennie d'investissements

Si la ferveur populaire constitue le visage le plus visible de ce Mondial pour Abidjan, elle s'accompagne d'un volet économique tout aussi significatif, et nettement moins éphémère. Car la capitale économique ivoirienne n'aborde pas cette compétition les mains vides en matière d'infrastructures d'accueil. Selon les données les plus récentes relayées par la presse économique locale, la Côte d'Ivoire a connu, entre 2011 et 2024, la construction de plus de mille soixante nouveaux hôtels, représentant plus de vingt-et-un mille nouvelles chambres sur l'ensemble du territoire national. Un bond spectaculaire qui traduit, sur la durée, l'essor d'un secteur considéré par les autorités comme l'un des piliers de la diversification économique du pays.

Cette dynamique se lit aussi dans les chiffres les plus récents concernant la seule ville d'Abidjan. D'après un bilan publié début 2025, la capitale économique compte désormais mille quatre cent soixante-onze hôtels, auxquels s'ajoutent cent soixante-dix-sept établissements recensés à San Pedro, deuxième pôle portuaire et touristique du pays. Sur l'ensemble du territoire ivoirien, ce sont près de mille quatre-vingt-neuf sites touristiques et près de cinquante mille chambres d'hôtel qui sont aujourd'hui répertoriés, un niveau d'équipement qui n'a, structurellement, jamais été aussi élevé dans l'histoire récente du pays.

Cette montée en gamme s'est notamment incarnée par l'arrivée de grandes enseignes hôtelières internationales dans le paysage abidjanais. Le groupe Radisson Blu s'est par exemple installé à proximité de l'aéroport international Félix Houphouët-Boigny, à Port-Bouët, avec un établissement cinq étoiles de plus de deux cent soixante chambres, tandis que le groupe ouest-africain Azalaï, premier acteur hôtelier régional, a investi dans un quatre étoiles d'environ deux cents chambres dans la commune de Marcory. À ces grands noms s'ajoutent des établissements emblématiques du Plateau et de Cocody, à l'image du Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire ou du Pullman, qui ont bénéficié, ces dernières années, d'un coup d'accélérateur supplémentaire grâce à l'organisation de la Coupe d'Afrique des nations 2023, accueillie sur le sol ivoirien.

L'accélérateur que représente la CAN 2023 pour les infrastructures hôtelières ivoiriennes est régulièrement souligné par les analystes économiques. Cette compétition continentale, organisée à domicile et remportée par les Éléphants devant leur public, a en effet constitué un test grandeur réelle pour la capacité d'accueil du pays, avant même l'épreuve, autrement plus massive en termes d'audience mondiale, que représente la Coupe du monde 2026. Si Abidjan dispose désormais d'une offre haut de gamme solide, plusieurs experts notent toutefois que le segment intermédiaire, trois étoiles, ainsi que l'éco-tourisme dans des zones comme le parc du Banco, la région de Man ou Grand-Bassam, restent identifiés comme des marges de progression pour les années à venir.

Entre 2011 et 2024, la Côte d'Ivoire a construit plus de mille soixante nouveaux hôtels, représentant plus de vingt-et-un mille nouvelles chambres, dans le cadre de la stratégie touristique nationale « Sublime Côte d'Ivoire » lancée en 2018.

Sublime Côte d'Ivoire : une stratégie touristique pensée sur le temps long

Cette transformation du paysage hôtelier ivoirien ne doit rien au hasard. Elle s'inscrit dans la continuité du programme « Sublime Côte d'Ivoire », lancé en 2018 avec l'ambition affichée de positionner le pays parmi les cinq premières destinations touristiques du continent africain. Conçue avec l'appui du cabinet international McKinsey, cette feuille de route avait dès son lancement été saluée par la communauté internationale des investisseurs et des bailleurs de fonds, avec des présentations remarquées lors de tables rondes organisées à Dubaï et à Hambourg.

Sur le plan de l'emploi, les retombées sont déjà tangibles. Selon des données économiques relayées par la presse ivoirienne, le secteur du tourisme a généré plus de six cent vingt-cinq mille emplois entre 2018 et 2024, un chiffre considérable pour une économie qui cherche, depuis plusieurs années, à diversifier ses moteurs de croissance au-delà des matières premières agricoles traditionnelles comme le cacao ou le café. Le tourisme est désormais présenté par les autorités comme l'un des trois piliers prioritaires du développement économique national, aux côtés de l'agro-industrie et des infrastructures.

Le rythme des investissements ne semble pas faiblir pour autant. Des projets emblématiques, à l'image de la construction de plusieurs hôtels de luxe représentant un investissement combiné de plus de quatre-vingt-huit milliards de francs CFA, portés par des opérateurs ivoiriens en partenariat avec des investisseurs étrangers, ont été présentés ces dernières années aux ministères concernés. Plus largement, les autorités évoquent un objectif de plusieurs centaines de nouveaux complexes hôteliers à l'horizon des prochaines années, avec la volonté affirmée de faire de la Côte d'Ivoire un pôle d'attraction incontournable pour les grandes chaînes hôtelières internationales.

Cette ambition s'accompagne d'un chantier urbain d'ampleur inédite pour le Grand Abidjan : la première ligne du futur métro de la ville, longue de trente-sept kilomètres et représentant un investissement de plus d'un milliard quatre cents millions d'euros, est actuellement en construction, tout comme l'élargissement du pont Henri Konan Bédié et plusieurs grands axes autoroutiers reliant la capitale économique à Yamoussoukro. Autant de projets structurants qui, au-delà de l'événementiel sportif, dessinent les contours d'une métropole appelée à absorber un flux touristique et d'affaires croissant dans les années à venir, conformément à l'objectif gouvernemental de trois millions de touristes internationaux par an fixé dans le cadre du plan national de développement.

Un Mondial comme accélérateur d'image pour la destination Côte d'Ivoire

Reste la grande inconnue, celle qui ne se mesure pas en chambres d'hôtel ou en kilomètres d'autoroute : l'impact d'image que peut avoir, pour un pays, la performance de son équipe nationale sur la scène mondiale. Si l'on en croit les retours d'expérience d'autres nations africaines ayant connu des parcours marquants en Coupe du monde, l'exposition médiatique générée par un Mondial peut se traduire, dans les mois qui suivent, par une hausse sensible des recherches en ligne liées au tourisme, et par un regain d'intérêt des investisseurs internationaux pour le pays concerné.

Pour la Côte d'Ivoire, ce Mondial 2026 arrive à un moment particulièrement opportun. Le pays vient tout juste d'accueillir, avec un succès largement salué, la Coupe d'Afrique des nations 2023, et dispose donc d'une vitrine d'infrastructures relativement récente à présenter aux visiteurs et aux investisseurs. La participation des Éléphants à la Coupe du monde, retransmise dans le monde entier et suivie par des dizaines de millions de téléspectateurs francophones, constitue à ce titre une opportunité de communication que peu de campagnes marketing institutionnelles pourraient égaler en termes de portée.

Pour la Conférence sur l'Investissement Touristique et Hôtelier en Afrique, organisée à Abidjan début 2024, l'enjeu avait déjà été clairement posé : transformer l'intérêt croissant des opérateurs internationaux, notamment français, pour le marché touristique ivoirien en projets concrets, qu'il s'agisse de design hôtelier, d'ingénierie touristique, de restauration ou de services associés. Le développement de nouvelles zones littorales et balnéaires, ainsi que la montée en gamme de l'hébergement à Yamoussoukro, San Pedro et Grand-Bassam, sont régulièrement cités comme des axes porteurs pour les années à venir.

Ce dimanche soir, lorsque l'arbitre donnera le coup d'envoi du match Côte d'Ivoire–Équateur à Philadelphie, c'est donc bien plus qu'un simple résultat sportif qui se jouera aux yeux de nombreux observateurs économiques. Quel que soit le score final, l'image d'une Abidjan vibrante, rassemblée devant ses écrans, dans une ville dont la capacité hôtelière a doublé en une décennie, continuera de circuler à travers le monde. Et pour un pays qui a fait du tourisme l'un de ses paris stratégiques majeurs, chaque image de liesse populaire diffusée à l'international vaut, potentiellement, son pesant de réservations futures.

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Auteur
June 14, 2026 18:28
Crée
June 15, 2026 13:00
Mis à jour
Côte d'Ivoire-Équateur : l'effet Mondial sur l'hôtellerie
8min
Temps de lecture
June 15, 2026 13:00
Publié

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