Prague a accueilli du 3 au 7 juin la cinquième étape des World Climbing Series. Pour la première fois, la capitale tchèque réunissait boulder et difficulté sur un seul site, l’île Štvanice, avec 311 athlètes issus de 47 nations. L’événement a été marqué par la domination japonaise – Sorato Anraku devenant le premier grimpeur masculin à enchaîner quatre médailles d’or consécutives sur une même saison –, par le bronze historique de la Chinoise Zhang Yuetong et par le retour très surveillé de trois athlètes russes sous statut neutre. Dans les coulisses, la discipline affirme sa professionnalisation avec une dotation record supérieure au million d’euros toutes épreuves confondues.

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World Climbing Series Prague 2026 : l’escalade mondiale se donne rendez‑vous sur l’île Štvanice

Prague a accueilli du 3 au 7 juin 2026 la cinquième étape des World Climbing Series, l’ancienne Coupe du monde de l’IFSC. Pour la première fois, la capitale tchèque réunissait boulder et difficulté (lead) sur un seul site, l’île Štvanice, avec 311 athlètes issus de 47 nations. L’événement a été marqué par la domination japonaise – Sorato Anraku devenant le premier grimpeur masculin à enchaîner quatre médailles d’or consécutives sur une même saison –, par le bronze historique de la Chinoise Zhang Yuetong et par le retour très surveillé de trois athlètes russes sous statut neutre, qui a attisé les tensions diplomatiques. Dans les coulisses, la discipline affirme sa professionnalisation avec une dotation record supérieure au million d’euros toutes épreuves confondues, tandis que Prague se positionne comme un test grandeur nature avant les championnats du monde 2027 à Brno.

Une première tchèque sur l’île Štvanice : le boulder et le lead enfin réunis

L’île Štvanice, jusqu’alors connue pour son centre tennistique et ses espaces verts, s’est métamorphosée en capitale éphémère de l’escalade mondiale. Pour la première fois depuis l’intégration de la discipline aux Jeux olympiques, Prague osait la formule complète : boulder et difficulté (lead) sur un même site, sur cinq jours.

Le pari était ambitieux. Les précédentes éditions pragoises – alors simplement dédiées au bloc – se tenaient sur la vaste esplanade de Letná, exposée aux caprices du vent. « Le déménagement sur Štvanice est logique après les problèmes de vent de l’an dernier, et je suis très heureux que reviennent non seulement la Coupe du monde de boulder mais aussi celle de difficulté », expliquait Adam Ondra, quadruple champion du monde, avant l’épreuve. Le nouveau site a permis de mutualiser les infrastructures : le mur de lead, haut de 17 mètres, a été dressé sur le court central du stade, tandis que la zone de boulder s’étendait dans le parc adjacent. « Le court central va créer une ambiance vraiment électrique. En même temps, le lieu offre de meilleures conditions et rend l’événement plus durable parce que nous pouvons utiliser les infrastructures existantes », détaillait Jan Bloudek, président du club tchèque.

Cet ancrage praguois n’est pas anodin. La ville, qui avait déjà accueilli une étape de la Coupe du monde de boulder de 2023 à 2025, monte désormais en gamme. Les organisateurs annonçaient dès l’ouverture que l’étape servait de répétition générale aux championnats du monde prévus à Brno en 2027. Sur place, l’ambiance se voulait aussi festive que compétitive : zone fan avec blocs d’initiation, tests de matériel, stands de nourriture locale. L’entrée restait payante mais accessible, avec un tarif préférentiel jusqu’au 1er mai, signe que les organisateurs misaient sur un public familial élargi.

Le pari de l’affluence a été tenu. Les demi-finales et finales, retransmises en direct par la télévision publique tchèque Česká televize et sur les canaux du groupe Warner Bros. Discovery, ont attiré plusieurs milliers de spectateurs chaque soir. Reste que la météo capricieuse de juin a parfois contraint à fermer une partie des gradins extérieurs, un inconvénient que seule une halle couverte pourrait résoudre à l’avenir.

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L’exploit de Sorato Anraku : premier quadruple de l’histoire chez les hommes

À seulement 19 ans, le Japonais Sorato Anraku a inscrit son nom dans les annales de la discipline. Vainqueur des étapes de Keqiao, Berne et Madrid, il a dominé la finale masculine du boulder pragois, devenant ainsi le premier grimpeur masculin à remporter quatre titres consécutifs en une seule saison de World Climbing Series.

La finale du vendredi 5 juin, retransmise en direct, a tenu toutes ses promesses. Sur des blocs techniques, à dominante de dalle et de coordination, les scores sont restés modestes. Anraku l’a emporté avec 55,0 points, devançant de seulement deux dixièmes le Sud-Coréen Lee Do-hyun (54,8) et le Français Mejdi Schalck (54,7). « Le dernier tour, c’était surtout de la coordination sur de la dalle, et ce n’est pas mon style », avouait le jeune champion, presque gêné par sa propre régularité.

Aucun homme n’avait encore réalisé un tel sans-faute sur une même saison, ni dans l’ancienne Coupe du monde IFSC ni dans la nouvelle formule World Climbing Series. Jusqu’ici, seules les femmes – et en particulier la Slovène Janja Garnbret – avaient réussi l’exploit. En l’absence de Garnbret, blessée, Anraku s’impose comme le patron incontesté de la discipline. « Je ne sais pas trop quoi dire, je ne réalise pas vraiment ce que je ressens, mais c’est bien d’avoir relâché un peu de pression », lâchait-il sobrement.

Derrière lui, la finale a également révélé deux nouveaux visages : le Français Max Bertone (6e) et l’Allemand Lucas Trandafir (7e) disputaient leur toute première finale en carrière. Le Chinois Pan Yufei, vainqueur à Berne en 2025, a lui échoué aux portes du dernier carré, terminant dixième des demi-finales. « Le niveau a encore monté d’un cran cette année », résumait un entraîneur européen présent sur le bord du mur.

Annie Sanders et Zhang Yuetong : l’Amérique gagne, la Chine perce

Dans la compétition féminine, l’Américaine Annie Sanders a confirmé son statut de patronne du boulder en décrochant un troisième titre de la saison. Mais la véritable émotion est venue de Zhang Yuetong : la Chinoise de 23 ans a décroché sa première médaille mondiale en bronze, offrant à son pays seulement la troisième breloque de son histoire dans la spécialité.

La finale du samedi 6 juin a longtemps paru indécise. Menée après les deux premiers blocs, Sanders a renversé la situation en « flashant » (réussite du premier essai) les deux dernières passes. Devant elle, la Britannique Erin McNeice et la Chinoise Zhang Yuetong ont également réussi les deux derniers blocs, mais c’est Sanders qui a viré en tête au classement cumulé. « Chaque finale est un combat mental, surtout quand on doit revenir de loin », a commenté la grimpeuse américaine après la cérémonie.

Pour Zhang, le chemin a été long. Depuis ses débuts en Coupe du monde en 2019, elle avait participé à 24 compétitions de boulder, atteint dix demi-finales, mais jamais le moindre podium. Cette saison, elle avait échoué deux fois à la neuvième place, à un rang du cut. À Prague, elle a d’abord signé la meilleure demi-finale de sa carrière (trois blocs réussis sur quatre), puis elle a souffert lors des deux premiers blocs finaux, glissant hors du top 6. Mais sur le troisième bloc, une composition très équilibrée, elle est revenue à la vie en deux essais. Le quatrième bloc, qui exigeait une technique avancée de coincement de main, a rebattu les cartes : seules Sanders, McNeice et Zhang ont réussi à le terminer.

Avec ce bronze, Zhang rejoint Luo Zhilu (bronze en 2022) et Pan Yufei (or à Berne l’an dernier) au palmarès chinois. « Je suis restée concentrée jusqu’à la dernière prise », souriait-elle sobrement. Ses coéquipières Luo Zhilu, de retour après une longue blessure à l’épaule, a terminé 22e.

La World Climbing Series est l’héritière de l’ancienne Coupe du monde de l’IFSC. Depuis 2026, elle intègre une dotation record de 850 000 € nets répartis sur 13 étapes, soit plus du double des 374 400 € attribués en 2024. Cette manne financière, votée avec l’association des athlètes, récompense les huit premiers de chaque épreuve, le vainqueur empochant 30 % du prize money de l’étape. Une petite révolution pour une discipline longtemps considérée comme amateur.

Le lead : l’Indonésie pousse, Adam Ondra fait son show

La discipline de la difficulté (lead), longtemps dominée par une poignée de grimpeurs européens, voit émerger de nouvelles nations. L’Indonésien Putra Tri Ramadani a survolé les qualifications avant de s’incliner en finale, tandis qu’Adam Ondra, légende vivante du lead, a offert au public tchèque la prestation qu’il attendait.

Dès les qualifications du jeudi 4 juin, Putra Tri Ramadani avait donné le ton en s’adjugeant la première place, devant Sorato Anraku et l’Espagnol Alberto Ginés López, champion olympique à Tokyo. Le jeune Indonésien, surnommé « Srondeng », a ensuite confirmé en demi-finale : troisième avec 37+, derrière les deux Japonais Anraku et Neo Suzuki (38+ chacun). En finale, il n’a pu faire mieux que la sixième place – son meilleur résultat en carrière –, mais sa progression fulgurante (onzième mondial au classement général) alimente désormais les espoirs d’une première médaille indonésienne en lead.

Du côté des favoris, Adam Ondra, qui avait officiellement mis fin à sa carrière en boulder l’an passé, n’a pas déçu ses fans. Quasiment à domicile (il vit à Brno), le Tchèque a signé une finale pleine de maîtrise, échouant à quelques mètres du sommet. « Je crois que ce sera l’une des compétitions de lead les plus relevées de tous les temps. Le fait que les deux disciplines soient combinées est une excellente nouvelle », avait-il prédit avant l’épreuve. Son duel avec l’Autrichien Jakob Schubert, tous deux présentés par la presse spécialisée comme « two old guns » face à la nouvelle génération, a tenu toutes ses promesses.

L’Italie a également marqué des points. Camilla Moroni, après une qualification parfaite (5 tops flash sur 5), a échoué à une place de la finale boulder (10e), tandis que quatre Azzurri – Giovanni Placci, Filip Schenk, Giorgio Tomatis et Ernesto Placci – ont atteint la demi-finale en lead. « Moroni a dominé la qualification, c’est une performance de grande valeur », soulignait la fédération italienne.

Retour russe sous statut neutre : la guerre entre au mur

Le retour des athlètes russes et biélorusses dans les compétitions internationales, après plus de quatre ans de suspension, a constitué la polémique majeure de cette édition praguoise. Trois grimpeurs russes concouraient sous bannière neutre (AIN) : Egor Dulub, Viktoria Meshkov et Ksenia Chernega. Leur simple présence a ravivé les clivages géopolitiques.

La décision avait été prise par World Climbing en février 2026, levant la suspension des fédérations russe et biélorusse au motif d’une « neutral athletes policy » calquée sur les recommandations du CIO. Dès l’annonce, le club tchèque (ČHS) avait exprimé sa vive opposition. « Le statut neutre ne résout pas en soi le problème éthique et sécuritaire fondamental : la Russie mène une guerre contre l’Ukraine et la Biélorussie la soutient. Dans une telle situation, nous considérons que la réintégration des athlètes russes et biélorusses, même sans drapeau ni hymne, est une mesure qui risque de normaliser ce qui ne peut l’être », expliquait le président Jan Bloudek en février.

À Prague, les trois athlètes russes n’ont pas dépassé les qualifications en boulder. Ils ont néanmoins participé aux qualifications lead, sans parvenir non plus à se hisser en demi-finale. Pour le coach russe Andrei Sushkov, l’essentiel était ailleurs : « Nous avons manqué cinq ans. À la maison, nous n’avons pas de voies comme celles-ci. Venir ici nous permet de tout tester, puis nous pouvons rentrer et ajuster notre entraînement ». La grimpeuse Elena Krasovskaïa, elle aussi neutre mais présente dès la première manche de la saison, confiait : « Quand je ne pouvais pas participer aux compétitions internationales, j’avais l’impression d’avoir perdu une partie de ma vie. Parfois, il était difficile de trouver la motivation ».

La fédération tchèque a boycotté toute cérémonie protocolaire impliquant les AIN et a promis de continuer son combat diplomatique lors de l’assemblée générale de World Climbing à Rijad. Mais le réalisme domine : les fédérations non européennes soutiennent majoritairement le retour des Russes. « Nous allons continuer à argumenter, mais nous savons que le rapport de force ne joue pas en notre faveur », confiait un membre du ČHS.

World Climbing Series Prague 2026 : les chiffres à retenir

- 311 athlètes engagés (147 femmes, 164 hommes)
- 47 nations représentées
- 850 000 euros nets de dotation sur l’ensemble de la saison 2026, contre 374 400 euros en 2024
- 4 victoires consécutives pour Sorato Anraku, du jamais-vu chez les hommes
- 3 médailles chinoises en boulder dans l’histoire (dont celle de Zhang Yuetong)
- 3 athlètes russes sous statut AIN, aucun qualifié pour les demi-finales

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Auteur
June 7, 2026 21:03
Crée
June 7, 2026 21:05
Mis à jour
World Climbing Series : jackpot record
7min
Temps de lecture
June 7, 2026 21:05
Publié

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