
Rabat — Le Maroc pourrait créer 1,7 million d’emplois supplémentaires d’ici 2035 et augmenter son PIB réel de près de 20 % au‑dessus de son niveau de référence, à condition de mener un ambitieux programme de réformes structurelles, selon deux rapports publiés le 28 avril 2026 par le Groupe de la Banque mondiale. Dans le même temps, l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT) a approuvé son plan d’action 2026, avec 880 filières de formation proposées à la rentrée 2026‑2027, et a lancé une étude d’impact inédite pour évaluer l’efficacité de son dispositif « 5e semestre » consacré aux compétences comportementales. La croissance marocaine devrait atteindre 4,4 % en 2026, soutenue par les investissements liés à la Coupe du monde 2030 et par le redressement du tourisme, mais la faiblesse persistante du taux d’activité des femmes (parmi les plus bas au monde) et les difficultés du secteur manufacturier constituent des points de vigilance majeurs.
Une ambition de croissance à l’épreuve des réalités structurelles
Depuis plusieurs années, le Maroc multiplie les succès économiques et diplomatiques. En 2026, le Royaume affiche une croissance attendue à 4,4 %, selon les prévisions du Fonds monétaire international et de Coface. Mais derrière ces chiffres flatteurs se cache une réalité plus contrastée : celle d’une économie qui peine encore à transformer sa croissance en emplois, en particulier pour les femmes et les jeunes.
Entre 2000 et 2024, la population en âge de travailler a progressé près de 2,5 fois plus vite que l’emploi. Ce déséquilibre structurel révèle les limites d’un modèle de développement qui, bien que performant en termes d’accumulation de richesses, n’a pas suffisamment bénéficié aux franges les plus vulnérables de la société.
C’est dans ce contexte que la Banque mondiale a publié, le 28 avril 2026, deux rapports analytiques majeurs. Rédigés en étroite collaboration avec le gouvernement marocain, ils offrent à la fois un diagnostic sans complaisance et une feuille de route pour accélérer la création d’emplois et attirer l’investissement privé.
L’économie marocaine a accompli de véritables avancées, reconnaît l’institution de Washington, mais la croissance ne s’est pas encore traduite par une création d’emplois à la hauteur des besoins, en particulier pour les femmes et les jeunes.
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Le rapport sur la croissance et l’emploi, produit par la Banque mondiale, est sans équivoque. Le Maroc pourrait générer 1,7 million d’emplois supplémentaires d’ici 2035 et porter son PIB réel à près de 20 % au‑dessus du niveau de référence. Mais ce potentiel ne se concrétisera que si un programme de réformes ambitieux est mis en œuvre.
Les recommandations formulées par les experts s’articulent autour de quatre axes interdépendants : des marchés plus efficaces et plus compétitifs, des entreprises plus dynamiques, des investissements publics à plus fort impact, et des marchés du travail plus inclusifs.
« Le Maroc a construit des bases solides et, grâce aux recommandations du Rapport sur la croissance et l’emploi, le Royaume peut aller encore plus loin, créer des millions d’emplois, approfondir les investissements privés et créer de réelles opportunités pour les femmes et les jeunes. »
Ahmadou Moustapha Ndiaye, directeur de division à la BIRD pour le Maghreb et Malte
Ce diagnostic est d’autant plus crucial qu’au moins 25 % des industries marocaines évoluent dans un environnement peu concurrentiel, ce qui freine leur capacité à se développer et à accroître leur productivité.
Pour soutenir cette dynamique, la Banque mondiale a approuvé dès le 10 avril 2026 un financement de 500 millions de dollars au titre du premier prêt à l’appui des politiques de développement pour l’emploi et la croissance verte. Cet engagement vise à élargir les possibilités d’emploi grâce à de meilleures politiques du marché du travail, à la dynamisation des PME et à des investissements catalytiques dans les énergies propres.
OFPPT : la révolution silencieuse de la formation professionnelle
Pendant que les institutions internationales tracent les grandes orientations macroéconomiques, une transformation tout aussi essentielle s’opère dans les coulisses du marché du travail marocain. L’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT) est en train de révolutionner en profondeur son offre de formation.
Le conseil d’administration de l’OFPPT, réuni sous la présidence du ministre Younes Sekkouri, a approuvé le plan d’action 2026. L’offre de formation pour l’année 2026‑2027 couvre désormais 880 filières réparties en 19 secteurs et 29 sous‑secteurs. L’ambition est claire : répondre aux transformations rapides du tissu économique marocain et mieux adapter les compétences des jeunes aux besoins réels des entreprises.
Mais la nouveauté la plus marquante réside ailleurs. L’OFPPT a lancé une étude d’impact d’envergure pour évaluer l’efficacité de son dispositif du « 5e semestre ». Ce module, consacré aux compétences comportementales – les fameuses « soft skills » –, a été conçu pour pallier un décalage persistant entre la formation technique et les exigences des recruteurs.
Le constat de départ est simple et partagé par l’ensemble des acteurs économiques : trop de jeunes sortent de formation avec des compétences techniques solides mais sans les soft skills que réclament aujourd’hui les recruteurs. Ce semestre supplémentaire, placé en fin de parcours, prépare l’étudiant à son insertion durable dans le marché du travail : savoir se présenter, travailler en équipe, gérer un conflit ou encore s’adapter à un environnement professionnel changeant.
L’étude portera sur une population mère de 22 400 lauréats, issus des promotions déjà concernées par ce nouveau dispositif. Objectif : mesurer l’apport concret du 5e semestre sur la consolidation des compétences personnelles et professionnelles, analyser l’adéquation avec les exigences du marché du travail, identifier les axes d’amélioration et formuler des recommandations opérationnelles.
Par ailleurs, l’OFPPT poursuit le développement de 65 nouvelles filières en 2026, dont 43 créations et 22 restructurations, enrichissant ainsi son portefeuille de formation et renforçant sa capacité à répondre efficacement aux exigences du marché du travail. L’Office déploie également deux caravanes itinérantes pour démocratiser l’accès à la formation professionnelle dans les zones rurales, couvrant notamment plusieurs provinces de la région Fès‑Meknès.

Mondial 2030, tourisme record et hydrogène vert : les locomotives de la décennie
Au‑delà de ces réformes internes, plusieurs moteurs macroéconomiques soutiennent l’activité et la création d’emplois. Le tourisme confirme sa place de pilier majeur. Le Maroc a accueilli près de 20 millions de visiteurs en 2025, un niveau historique, et cette performance devrait se prolonger en 2026, selon le baromètre Coface.
Au premier trimestre 2026, le Royaume a accueilli officiellement près de 4,3 millions de visiteurs internationaux, s’imposant ainsi comme le pays africain ayant enregistré la plus forte croissance touristique, devant l’Afrique du Sud, l’Égypte ou les Seychelles, et ce malgré les perturbations du trafic aérien liées au conflit au Moyen‑Orient. Les principaux pôles touristiques que sont Marrakech, Casablanca, Rabat, Agadir et Fès affichent des taux d’occupation élevés, les voyageurs du Royaume‑Uni, des États‑Unis, d’Allemagne, d’Espagne et des pays du Golfe privilégiant de plus en plus le Maroc pour le tourisme culturel et de luxe.
Autre locomotive : les préparatifs de la Coupe du monde 2030. La construction de stades, la modernisation des lignes ferroviaires, le développement des capacités aéroportuaires et la requalification urbaine stimulent fortement l’investissement public et privé dans les infrastructures stratégiques, avec des effets d’entraînement significatifs sur l’emploi, les matériaux de construction, les services d’ingénierie et l’ensemble des chaînes de valeur connexes.
Enfin, le Maroc se positionne comme un acteur de premier plan dans la transition énergétique mondiale. Le pôle hydrogène vert avance à grands pas. Le 5 février 2026, le chef du gouvernement Aziz Akhannouch a présidé à Rabat la cérémonie de signature des contrats préliminaires de réservation de terrains avec des investisseurs nationaux et internationaux sélectionnés dans le cadre de l’initiative « Offre Maroc ». Cinq projets majeurs sont concernés, situés dans les provinces du sud. En mars 2025, le Royaume avait dévoilé un plan d’investissement de plus de 319 milliards de dirhams (environ 35 milliards de dollars) pour développer l’hydrogène vert, avec pour objectif d’en faire un exportateur majeur d’énergie décarbonée, notamment vers le marché européen.
Ces initiatives, portées par la vision royale, traduisent la volonté du Maroc de faire de la transition énergétique un levier de croissance industrielle durable.
Femmes, jeunes et secteur privé : les trois défis à ne pas manquer
Malgré ces avancées indéniables, le diagnostic de la Banque mondiale met en lumière plusieurs fragilités persistantes.
Premier défi : le taux d’activité des femmes. Malgré la progression de leur niveau d’études, il demeure parmi les plus faibles au monde et continue de s’éroder. Pour y remédier, le financement de la Banque mondiale prévoit notamment l’ajout de plus de 40 000 places dans l’offre de services de garde d’enfants agréés et la création de 1 200 emplois directs pour les femmes dans ce secteur.
Deuxième défi : le chômage des jeunes, qui reste élevé, et la faible adéquation entre l’offre de formation et les besoins des entreprises. L’OFPPT tente d’y répondre avec son dispositif « 5e semestre », mais les résultats de l’étude d’impact en cours seront déterminants.
Troisième défi : l’investissement privé, qui reste en deçà de son potentiel. La Banque mondiale estime qu’environ 7,4 milliards de dollars d’investissement privé potentiel pourraient être libérés au Maroc, à condition de lever les contraintes réglementaires et de renforcer la confiance des investisseurs.
Le gouvernement d’Aziz Akhannouch, qui présentait en avril 2026 devant le Parlement le bilan de son action pour la législature 2021‑2026, a mis en avant l’augmentation significative de l’investissement public (1 600 milliards de dirhams entre 2022 et 2025), tout en reconnaissant la nécessité de renforcer l’attractivité pour les capitaux privés.
L’équation est donc complexe. Le Maroc dispose de tous les atouts – croissance robuste, grands chantiers structurants, initiatives diplomatiques audacieuses – pour accélérer sa transformation. Mais la question de l’emploi, en particulier pour les femmes et les jeunes, reste le véritable test de la décennie. Le pari du Royaume est désormais de démontrer que sa prospérité retrouvée peut enfin bénéficier à toutes et à tous.
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