Le constructeur automobile italien Ferrari a présenté le 25 mai 2026 à Rome son premier modèle entièrement électrique, baptisé Luce (lumière, en italien). Ce véhicule à quatre portes et cinq places développe 1 050 chevaux grâce à quatre moteurs électriques indépendants, atteint 310 km/h en vitesse de pointe et revendique une autonomie de 530 kilomètres. Le design, confié à l’agence LoveFrom de l’ancien directeur du design d’Apple, Jony Ive, divise passionnément les amateurs. L’action Ferrari a chuté de plus de 6 % dans les heures suivant la présentation, tandis que les analystes saluent le courage stratégique de la marque. Les premières livraisons sont attendues au quatrième trimestre 2026.

Ferrari Luce : fiche technique et données clés

La Ferrari Luce repose sur une architecture inédite pour la marque italienne. Mesurant 5,026 mètres de long, 1,999 mètre de large et 1,544 mètre de haut avec un empattement de 2,961 mètre, cette berline quatre portes adopte une configuration cinq places, une première dans l‘histoire du constructeur de Maranello. Le poids à vide atteint 2 260 kilogrammes, ce qui constitue un record pour une Ferrari de série. Le volume du coffre est annoncé à 597 litres.

La motorisation associe quatre moteurs électriques indépendants à flux radial permanent-synchrone, un par roue, développant une puissance cumulée de 1 050 chevaux (772 kW) pour un couple de 990 Nm directement aux arbres, porté à 11 500 Nm une fois transmis aux roues. L’ensemble permet d’atteindre 100 km/h en 2,5 secondes, 200 km/h en 6,8 secondes et une vitesse maximale de 310 km/h. La batterie lithium-ion NMC de 122 kWh fournie par SK On fonctionne avec une architecture électrique 800 volts. L’autonomie annoncée selon le cycle WLTP atteint 530 kilomètres. La recharge rapide accepte une puissance maximale de 350 kW en courant continu, permettant de passer de 20 % à 80 % de capacité en environ vingt minutes.

Le coefficient de traînée aérodynamique (Cx) de 0,254 constitue le meilleur score jamais enregistré par la marque. Ferrari a déposé plus de soixante nouveaux brevets liés au développement de ce modèle. La suspension active 48 V supprime la nécessité de barres anti-roulis traditionnelles. Le châssis est composé à 75 % d’aluminium recyclé, et le centre de gravité se situe 95 mm plus bas que celui du Purosangue. Selon le responsable de l‘ingénierie véhicule, Matteo Lanzavecchia, 95 % des composants sont entièrement nouveaux. Le véhicule reçoit également une conduite semi-autonome de niveau 2.

La commercialisation débutera à un tarif de base de 550 000 euros sur le marché italien, hors options et personnalisations. Ferrari prévoit d’assembler le modèle exclusivement dans son usine de Maranello, où un nouveau bâtiment dédié à la production électrique a été inauguré. La marque table sur des ventes annuelles d‘environ 800 unités pour la Luce au cours des exercices 2027 et 2028, selon les projections de Goldman Sachs.

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Un design controversé signé par l’ancien designer d’Apple

La rupture esthétique constitue le point le plus discuté de cette Ferrari électrique. Pour concevoir la Luce, le constructeur a confié la direction artistique à LoveFrom, l’agence fondée par Sir Jony Ive et Marc Newson, tous deux anciens cadres d‘Apple. Ive a notamment supervisé le design de l’iMac, de l’iPhone et de l’iPad. Selon Marc Newson, l’équipe de LoveFrom a travaillé en immersion complète au sein des bureaux de Ferrari pendant six à sept ans. « Nous avons été totalement intégrés à l‘organisation Ferrari », a-t-il déclaré lors de la présentation romaine.

L’approche stylistique inverse les priorités habituelles de la marque. Au lieu de sculpter la carrosserie autour du moteur thermique, les designers ont conçu l’habitacle comme un volume monolithique noir vitré – baptisé « glass house » – sur lequel vient se fixer une coque extérieure colorée. Deux ailes aérodynamiques flottantes, à l‘avant et à l’arrière, encadrent cette bulle de verre. Les feux avant deviennent quasiment invisibles une fois éteints, tandis que les feux arrière rendent hommage aux cercles lumineux des Ferrari 360 Modena et 458 Italia. Les jantes atteignent des dimensions inédites pour une Ferrari de série : 23 pouces à l‘avant, 24 pouces à l’arrière.

Les réactions sur les réseaux sociaux ont été immédiates et tranchées. Certains internautes comparent la Luce à une Nissan Leaf ou à une Toyota grand public bon marché, tandis que d‘autres y voient un « chef-d’œuvre absolu de design » ou un « game-changer total ». Sur X (anciennement Twitter), un commentateur a jugé que Ferrari avait « tué sa marque comme Jaguar l’a fait », qualifiant le véhicule de « déchet bon pour la casse ». À l‘inverse, des voix ont salué la prise de risque et l’audace de la marque italienne.

Flavio Manzoni, directeur du design de Ferrari, a reconnu dans un entretien avec la youtubeuse Cleo Abram que la Luce suscite des avis « polarisants », mais il s‘est dit confiant dans le fait que les amateurs finiraient par apprécier le modèle dans les mois à venir. Il a également rappelé que les critiques font partie intégrante du processus d’innovation.

L’intérieur minimaliste entre luxe, verre et aluminium recyclé

L‘habitacle de la Luce se caractérise par une sobriété radicale, assumant l’influence d‘Apple dans l’ergonomie et la disposition des commandes. Le tableau de bord est usiné dans un bloc d‘aluminium massif, tandis que la console centrale intègre une plaque de verre Corning Gorilla Glass. Ferrari a conservé des commandes physiques – interrupteurs, cadrans, boutons – pour la régulation du couple de traction et de la récupération d’énergie via deux palettes au volant, chacune réglable sur cinq niveaux. Le volant trois branches est également usiné en aluminium 100 % recyclé.

L‘absence de tunnel de transmission thermique a permis d’offrir une véritable banquette arrière trois places, faisant de la Luce le premier modèle Ferrari à cinq places. Les quatre écrans numériques se fondent dans la planche de bord, sans pour autant recourir à une surabondance de surfaces tactiles. Le système audio, développé avec une puissance totale de 3 000 watts répartis sur 21 haut‑parleurs, bénéficie d‘un traitement logiciel propriétaire signé Ferrari. Le chargeur de téléphone à induction est dissimulé sous le revêtement en alcantara, tandis que les aérateurs circulaires reprennent l’esthétique des modèles classiques de la marque.

Le groupe italien a fait de la durabilité l‘un des axes de communication de cette électrique. Outre l’aluminium recyclé du châssis et du volant, Ferrari souligne que tous les composants électriques et électroniques ont été conçus et fabriqués en interne à Maranello. Cette stratégie vise à garantir la réparabilité du véhicule sur le très long terme, protégeant ainsi sa valeur de revente.

À savoir : Ferrari a déposé plus de 60 brevets pour la Luce. La batterie de 122 kWh est fournie par SK On, le même partenaire sud‑coréen qui équipe certaines Ford F‑150 Lightning. Le rapport poids/puissance (2,15 kg/ch) reste inférieur à celui d‘une SF90 Stradale hybride.

Une sonorité artificielle pour remplacer le rugissement du V12

Le défi le plus délicat pour Ferrari était peut‑être sonore. Les amateurs associent depuis toujours le Cheval Cabré au rugissement caractéristique de ses moteurs atmosphériques V8 et V12. Avec la Luce, la marque a choisi de ne pas simuler artificiellement un bruit d‘échappement thermique, mais de développer un système externe d’amplification des vibrations naturelles de la chaîne de traction électrique. Ce dispositif projette à l‘intérieur comme à l’extérieur de l‘habitacle un son inédit, spécifiquement conçu pour préserver l’émotion de conduite sans rien devoir à l’ère du pétrole. Ferrari a consacré cinq années de recherche à cette signature acoustique.

Selon Benedetto Vigna, directeur général de Ferrari, cette approche illustre la philosophie de la marque : « Luce est une Ferrari qui utilise l’électrique, ce n‘est pas une électrique quelconque. » De nombreux observateurs notent toutefois que l’absence de bruit mécanique traditionnel pourrait rebuter une partie de la clientèle historique. L‘électrification supprime le lien viscéral que le conducteur entretient avec la montée dans les tours du régime moteur, un ressenti que les amplificateurs ne restituent qu’imparfaitement.

Bourse, analyse financière et perspectives stratégiques

Le lancement de la Luce n‘a pas été bien accueilli par les marchés financiers. L’action Ferrari a chuté de plus de 6 % à la Bourse de Milan le jour du dévoilement, puis a poursuivi son recul pour atteindre une baisse d‘environ 8 % en séance. Cette contre-performance s’inscrit dans une tendance baissière plus large : le titre accuse une perte de près de 30 % sur l‘année écoulée. Le cours se négociait récemment aux alentours de 333 dollars, avec un objectif de cours relevé par Goldman Sachs à 383 euros tout en maintenant une recommandation d’achat.

Certains analystes jugent la réaction excessive. Barclays estime que la Luce ne représente qu‘un modèle parmi une vingtaine de lancements programmés entre 2026 et 2030, et ne pèsera qu’environ 3,5 % des ventes unitaires de Ferrari lors de sa montée en régime en 2027. La banque d‘affaires salue le « courage de s’attaquer de front au dilemme de l‘innovateur », une théorie de Clayton Christensen qui décrit la difficulté des entreprises établies à adopter des technologies radicalement nouvelles.

L’ancien président Luca di Montezemolo n’a pas mâché ses mots, déclarant à la presse italienne que ce modèle constituait une « honte » pour l‘histoire de la maison et souhaitant que Ferrari retire le badge du Cheval Cabré de la Luce. Matteo Salvini, ministre italien des Transports, a également critiqué l’orientation électrique de la marque. À l‘opposé, John Elkann, président de Ferrari et héritier de la famille Agnelli, défend ce virage stratégique, rappelant que la marque doit préparer l’avenir sans renoncer à son ADN.

Le timing de lancement intervient dans un contexte compliqué pour le segment du luxe électrique. Lamborghini a abandonné ses projets de modèle 100 % électrique pour se recentrer sur l‘hybride, tandis que Porsche a revu à la baisse ses objectifs en raison d’une demande décevante et d‘une concurrence chinoise de plus en plus agressive. Ferrari elle‑même a repoussé à au moins 2028 la sortie d’un second modèle électrique.

Malgré les turbulences boursières, le PDG Benedetto Vigna affirme que l‘accueil client est positif. Environ 1 600 clients potentiels ont pu découvrir la voiture en avant‑première. Vigna a également tenu à rassurer les puristes : Ferrari continuera de commercialiser des modèles équipés de moteurs six, huit et douze cylindres aux côtés de la Luce. L’objectif affiché est d‘atteindre 20 % de véhicules entièrement électriques dans la gamme d’ici 2030, un objectif revu à la baisse par rapport aux 40 % précédemment annoncés.

En définitive, la Luce incarne un pari à la fois technique, esthétique et stratégique. La première Ferrari électrique divise les passionnés, inquiète les marchés financiers, mais ouvre une nouvelle voie pour le luxe automobile du XXIe siècle. Reste à savoir si la magie du Cheval Cabré opérera encore sans le rugissement du douze cylindres.

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Auteur
June 6, 2026 17:21
Crée
June 6, 2026 17:21
Mis à jour
Ferrari Luce : design choc, prix choc
3min
Temps de lecture
June 6, 2026 17:22
Publié

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