
Situation hydrique : une urgence climatique qui bouscule le modèle traditionnel
Le Maroc subit de plein fouet les conséquences du réchauffement climatique. La baisse chronique du remplissage des barrages et la surexploitation des nappes phréatiques obligent le royaume à réinventer sa stratégie de l’eau. Début 2026, plusieurs régions ont encore connu un déficit pluviométrique marqué, ce qui a renforcé la pression sur l’agriculture, les usines et l’eau potable des ménages. Face à ce constat, les autorités ont fait du dessalement d’eau de mer et du traitement des eaux saumâtres une priorité absolue. Longtemps considérée comme une solution trop coûteuse, la technique gagne en maturité et en compétitivité. De nouveaux projets sortent de terre chaque trimestre, et le pays veut désormais produire lui‑même une partie des équipements nécessaires. Le passage d’une logique de rattrapage à une politique industrielle offensive marque un tournant culturel et technique. Le Maroc n’a plus seulement besoin de « trouver » de l’eau : il doit la « fabricquer » pour garantir son développement à long terme.
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Interrogé mardi à la Chambre des conseillers sur la situation hydrique nationale, le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, a livré une feuille de route précise. La capacité annuelle de production d’eau dessalée atteint actuellement 420 millions de mètres cubes. Mais l’ambition du royaume est beaucoup plus large : porter ce volume à 1,7 milliard de m³ d’ici à la prochaine décennie. Cette dynamique s’inscrit sous l’impulsion directe du roi Mohammed VI, qui a fixé comme cap la diversification des sources d’approvisionnement et la réduction de la dépendance aux barrages et aux nappes souterraines. Le ministre a cité en exemple la future station de Tiznit, dont les travaux doivent démarrer à la fin de l’année prochaine avec une capacité pouvant atteindre 350 millions de m³, soit l’équivalent de plusieurs gros barrages. Ce projet aura un impact positif tant sur l’eau potable que sur l’irrigation agricole, notamment dans le Grand Sud, où la pression sur la ressource est la plus forte. En complément, les interconnexions entre bassins hydrauliques seront accélérées : plus d’un milliard de m³ par an pourront être transférés vers les provinces déficitaires.
Un pas de plus vers l’autonomie industrielle : Pour concrétiser cette vision, une convention-cadre a été signée le 29 avril 2026 à Rabat. Autour de la table : le ministre Baraka, le ministre de l’Industrie Ryad Mezzour, et le président du Cluster Marocain des Métiers de l’Eau, Amine Mohamed. Le texte prévoit de structurer un écosystème industriel intégré autour des technologies de dessalement. Objectif affiché : passer d’un taux d’intégration locale de 30‑35 % à 70 % dans les années qui viennent, en fabriquant au Maroc pompes, membranes, conduites et systèmes de contrôle. « Le Maroc dispose de toutes les compétences, atouts et garanties pour répondre à la demande publique, privée et même extérieure », a assuré Ryad Mezzour. Ce volontarisme industriel s’accompagne d’unités mobiles de traitement d’eau déjà déployées dans plusieurs régions, signe que l’exécutif ne veut plus attendre.
Sur le terrain : 11 stations en région Fès‑Meknès et un laboratoire à Missour
Paragraphe paraphrasé : Le programme national de dessalement ne se limite pas aux grandes métropoles côtières. Il descend aussi dans les terres, là où l’eau saumâtre des nappes profondes reste inexploitée. C’est le sens du projet mené dans la région Fès‑Meknès, où une convention multipartite – associant le ministère de l’Intérieur, la région, la SRM Fès‑Meknès et la SRM Souss‑Massa – a prévu l’édification de 11 stations de traitement des eaux saumâtres. La première d’entre elles a été mise en service le 6 mars 2026 à Missour. D’une capacité de trois litres par seconde, elle sécurise l’alimentation en eau potable de 5 000 habitants, soit 18 % de la population de la zone. Le procédé technique permet de convertir une ressource jusqu’alors inutilisable – en raison d’une forte salinité – en eau conforme aux normes de qualité. Pour les habitants de la province de Boulemane, qui subissent depuis des années la raréfaction des ressources conventionnelles, cette petite infrastructure change le quotidien. Elle illustre aussi une philosophie : décentraliser les solutions hydriques, adapter la technologie à chaque territoire.
Regard éditorial : En visitant Missour, on mesure l’écart entre les grands discours sur la souveraineté hydrique et la réalité des petites communes rurales. Là où les camions‑citernes étaient encore la seule réponse à la sécheresse, une station de trois litres par seconde ne fait pas de miracle, mais elle apaise. C’est peut‑être là que se joue, en silence, la vraie transition. Le Maroc apprend à marier les mégaprojets et les solutions de proximité. Reste à voir si la cadence des livraisons suivra l’ambition affichée.

L’agriculture et l’industrie au cœur des enjeux
Le dessalement n’est pas qu’une affaire d’eau potable. L’agriculture, premier consommateur d’eau au Maroc, est directement visée par les nouvelles infrastructures. La deuxième station de dessalement de la région Souss‑Massa, dont le lancement est programmé pour la fin 2026, disposera d’une capacité de 350 millions de m³, dont 250 millions dédiés à l’irrigation. Pour les agriculteurs des Doukkala et de la Chaouia, des zones historiquement soumises au stress hydrique, l’arrivée d’une eau régulière et de qualité permettrait de sécuriser les récoltes et d’éviter l’arrachage des arbres fruitiers. De l’autre côté du spectre, l’industrie aussi a besoin d’eau en quantité et en fiabilité. Le groupe OCP, les usines automobiles de Tanger et les zones industrielles de Casablanca regardent avec attention les nouveaux appels d’offres. Un écosystème industriel du dessalement renforce aussi la résilience du pays face aux chocs géopolitiques, en réduisant la dépendance aux importations de céréales quand la pluie manque.
Le revers de la médaille : Le dessalement reste énergivore et ses rejets en saumure concentrée posent une question environnementale qu’il ne faut pas éluder. Le Maroc a fait le choix d’associer certaines stations à des parcs éoliens ou solaires pour limiter l’empreinte carbone, mais toutes ne bénéficient pas de cet avantage. Le défi est désormais d’aller vers un dessalement bas carbone à grande échelle.
Calendrier et perspectives 2026‑2030
L’année 2026 marque un point d’accélération. Plusieurs jalons sont déjà posés : la mise en service de Missour, la signature de la convention‑cadre à Rabat, l’annonce de l’appel d’offres pour Souss‑Massa 2 avant fin 2026. Dans la même dynamique, des stations sont prévues à Guelmim, Tan‑Tan et Tiznit, ainsi que l’achèvement des travaux d’interconnexion entre les bassins du Bouregreg et d’Oum Er‑Rbia, débutés en décembre 2026. À plus long terme, l’objectif d’une capacité totale de 1,7 milliard de m³ par an place le Maroc parmi les leaders mondiaux du dessalement. Le Plan National de l’Eau 2020‑2050 fixait déjà un cap ambitieux ; les événements des dernières années – sécheresses répétées, tensions sur les ressources, inflation des prix agricoles – ont convaincu le politique et les opérateurs privés qu’il n’y avait plus d’alternative. Le Maroc ne rattrape plus son retard, il construit un nouveau modèle hydrique. Reste à s’assurer que le rythme de réalisation des ouvrages suive le discours, et que les habitants des zones rurales les plus reculées bénéficient aussi de cette révolution silencieuse.
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