Le Maroc a officiellement détrôné l’Afrique du Sud, devenant ainsi la première économie industrielle du continent selon l’Africa Industrialization Index 2025 publié par la Banque africaine de développement. Avec un score de 0,8415 contre 0,8396 pour l’ancien leader historique, le Royaume confirme une trajectoire de montée en gamme engagée depuis plus de quinze ans, portée par l’automobile, l’aéronautique et la transformation des phosphates.

Le Grand Courant
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Un basculement historique acté par la BAD

Pour la première fois depuis le lancement de l’Indice de l’industrialisation en Afrique en 2010, le Maroc a pris la tête du classement continental. Selon l’Africa Industrialization Index 2025 présenté par la Banque africaine de développement, le Royaume affiche un score de 0,8415 en 2024, devançant très légèrement l’Afrique du Sud (0,8396). L’Égypte complète le podium avec 0,7827, suivie de la Tunisie (0,7760).

Ce classement, qui évalue 54 pays africains sur la période 2010-2024, ne se limite pas à mesurer le volume de production manufacturière. Il intègre également des indicateurs de performance industrielle, de diversification des exportations, d’environnement des affaires, d’infrastructures et de gouvernance économique. Autrement dit, le Maroc ne ressort pas seulement comme un pays qui produit davantage : il apparaît comme une économie dont l’appareil productif, les chaînes d’exportation et les conditions d’implantation industrielle se sont progressivement renforcés.

La BAD souligne que, sur les 54 pays analysés, 41 ont amélioré leur score depuis 2010, avec une progression continentale globale de 6 %. Mais les écarts restent considérables. L’Afrique ne représente toujours que moins de 2 % de la production manufacturière mondiale et seulement 1,4 % des exportations manufacturières mondiales. Dans ce paysage encore inachevé, la progression marocaine tient d’une stratégie construite dans la durée.

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L’automobile marocaine : un rouleau compresseur exportateur

L’automobile incarne la transformation industrielle du Maroc mieux que tout autre secteur. Le ministère de l’Industrie et du Commerce indique que la filière a réalisé en 2024 un chiffre d’affaires à l’export record de 157 milliards de dirhams, en progression de 148 % en moins de dix ans. En 2025, près d’un million de véhicules ont été produits sur le territoire national, contre 535 000 en 2023 et 465 000 en 2022.

Cette montée en puissance repose sur l’implantation de grands constructeurs mondiaux. Renault et Stellantis ont largement développé leurs capacités de production dans les zones industrielles de Tanger et Kénitra, profitant d’une logistique portuaire parmi les plus performantes du continent. Dès 2023, les exportations automobiles du Maroc vers l’Union européenne atteignaient 15,1 milliards d’euros, plaçant le Royaume devant la Chine et le Japon pour certaines catégories de véhicules.

Pourtant, la conjoncture 2025 révèle aussi des fragilités. À fin octobre 2025, les exportations automobiles ont enregistré un recul de 3,1 %, affectées par une baisse des segments construction et câblage. Ce ralentissement conjoncturel n’a pas empêché l’automobile de conserver son statut de premier secteur exportateur du pays, représentant près de 33 % des exportations totales. La capacité du Maroc à intégrer davantage de composants à plus forte valeur ajoutée, notamment dans les câblages électriques et les systèmes embarqués, sera déterminante pour la prochaine décennie.

Aéronautique et phosphates : les deux autres moteurs de la montée en gamme

Derrière l’automobile, l’aéronautique est devenu le deuxième pilier industriel stratégique du Maroc. Plus de 150 entreprises, dont Boeing, Airbus, Safran et Thales, opèrent aujourd’hui dans les écosystèmes de Casablanca, Tanger et Nouaceur. Les exportations aéronautiques ont atteint 14,13 milliards de dirhams au premier semestre 2025, en hausse de 8,8 %, portées par les systèmes de câblage électrique et l’assemblage. Sur les dix premiers mois de 2025, la progression atteint 8,3 % pour un volume de 23,65 milliards de dirhams.

Dans le même temps, le secteur des phosphates et dérivés, historiquement l’ADN industriel du Royaume, affiche des performances records. Le groupe OCP a réalisé en 2025 des exportations de 100 milliards de dirhams, en croissance de 14,6 %. Les ventes de phosphates bruts ont bondi de plus de 33 %, tandis que les engrais chimiques et l’acide phosphorique ont également enregistré des hausses à deux chiffres.

Cette double dynamique – aéronautique à forte technicité et phosphates à forte intensité capitalistique – confère au Maroc un profil industriel plus équilibré que celui de la plupart de ses concurrents continentaux. Là où l’Afrique du Sud reste dépendante d’une base industrielle historique en érosion, le Maroc capitalise sur des filières diversifiées et en constante modernisation.

L’Africa Industrialization Index (AII) de la BAD couvre 54 pays africains sur la période 2010-2024. Il combine 19 indicateurs : performance manufacturière, diversification export, infrastructures, environnement des affaires, gouvernance. Le Maroc affiche 0,8415/1, devant l’Afrique du Sud (0,8396) et l’Égypte (0,7827). L’Afrique du Nord capte 56 % des investissements industriels continentaux (2020-2025).

Infrastructures et intégration régionale : les accélérateurs silencieux

Aucune réussite industrielle durable ne peut se concevoir sans des infrastructures à la hauteur. Sur ce point, la Banque africaine de développement est sans équivoque : le Maroc dispose d’un réseau que peu de pays africains peuvent égaler. La ligne à grande vitesse Al Boraq reliant Tanger à Casablanca, l’expansion continue du port Tanger Med – premier port d’Afrique – et les projets Nador West Med et du port atlantique de Dakhla dessinent un corridor logistique unique sur le continent.

Ces équipements ne sont pas de simples vitrines. Ils permettent au Maroc de connecter rapidement ses plateformes industrielles aux marchés européens, africains et méditerranéens, réduisant les délais de transport et renforçant l’attractivité des sites industriels. La BAD souligne que l’Afrique du Nord a capté 56 % de l’investissement industriel cumulé du continent entre 2020 et 2025, le Maroc et l’Égypte étant en première ligne.

Pourtant, l’intégration industrielle africaine reste faible. Le commerce intra-africain ne représente que 14,4 % du commerce total, reflétant des liens de production régionaux ténus et des écosystèmes industriels encore fragmentés. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) offre un cadre, mais sa traduction concrète en corridors économiques fonctionnels, infrastructures partagées et normes harmonisées reste un chantier immense.

Une domination réelle mais à consolider

Si le leadership industriel du Maroc est désormais statistiquement établi, il serait erroné d’y voir une forme de suprématie écrasante. L’écart avec l’Afrique du Sud reste extrêmement étroit. Surtout, ce classement ne signifie pas que le Maroc possède la plus grande industrie africaine en volume – la méthodologie de la BAD récompense davantage l’équilibre et la trajectoire que la taille absolue.

Le vrai défi pour le Royaume est ailleurs. Il s’agit désormais de transformer ce leadership de classement en leadership économique tangible pour l’ensemble de la population. Les disparités territoriales restent marquées entre les régions côtières industrialisées et l’intérieur du pays, et l’industrie marocaine, malgré ses succès, peine encore à créer des emplois en quantité suffisante.

La BAD elle‑même appelle à une industrialisation plus inclusive et mieux intégrée. Le continent africain a besoin de stratégies collectives, de corridors économiques transfrontaliers et d’une montée en gamme coordonnée. Le Maroc a montré la voie. Reste à savoir si cette voie pourra être élargie, partagée et consolidée dans la durée.

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Auteur
June 1, 2026 18:44
Crée
June 2, 2026 4:42
Mis à jour
Maroc, nouvelle puissance industrielle d’Afrique
2min
Temps de lecture
June 2, 2026 4:42
Publié

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