
Près de neuf jeunes Européens sur dix âgés de 16 à 29 ans ont utilisé les réseaux sociaux en 2025, soit 89,3 % d’entre eux, contre seulement 67,3 % de la population totale, selon une étude d’Eurostat. Les écarts entre générations atteignent des records dans certains pays, notamment en Croatie où le différentiel dépasse 29 points de pourcentage. Si Chypre, la Tchéquie et le Danemark caracolent en tête du classement avec plus de 96 % d’utilisateurs chez les jeunes, l’Italie (80,3 %) et l’Allemagne (84,2 %) ferment la marche. Par ailleurs, un quart des jeunes Européens (24,8 %) se sont engagés dans des activités civiques ou politiques en ligne en 2025, révélant le potentiel démocratique encore inexploité de ces outils.
l’Europe branchée, l’Europe déconnectée
Les réseaux sociaux sont devenus en quelques années le vecteur privilégié de l’information, de la culture et des relations sociales pour des millions d’Européens. Mais cette révolution numérique n’est pas homogène. Loin de là. Selon une vaste enquête d’Eurostat publiée en avril 2026, l’usage des plateformes sociales varie du simple au double selon l’âge, le pays, et même le niveau d’engagement civique.
Si les jeunes générations semblent avoir massivement adopté ces outils, avec des taux dépassant 90 % dans dix-neuf pays de l’UE sur vingt-sept, leurs aînés restent parfois à distance. Les écarts générationnels atteignent ainsi des niveaux inédits, dépassant les 29 points de pourcentage en Croatie.
Cette fracture numérique, à la fois sociale et territoriale, n’est pas sans conséquence. Car l’usage des réseaux sociaux ne se limite plus aux échanges privés. Il conditionne désormais l’accès à l’information, l’exercice de la citoyenneté et même les opportunités professionnelles. Le Grand Courant a analysé pour vous ces données fascinantes, qui dessinent les contours d’une Europe à deux vitesses numériques.
Génération Z et réseaux sociaux : une histoire d’amour européenne
C’est un chiffre qui donne le vertige : 89,3 % des Européens âgés de 16 à 29 ans ont déclaré utiliser activement les réseaux sociaux en 2025. Pour être considérée comme « active », cette utilisation suppose la création d’un profil, la publication de messages, le partage de contenus, les commentaires ou toute autre forme de contribution à une plateforme sociale.
Cette quasi-unanimité chez les jeunes tranche avec l’usage plus modéré du reste de la population : 67,3 % des Européens de tous âges confondus fréquentent les réseaux sociaux. L’écart, conséquent, révèle une tendance de fond : plus on est jeune, plus on vit connecté.
L’Europe est d’ailleurs l’une des régions du monde où le taux d’adoption des réseaux sociaux chez les jeunes est le plus élevé, talonnant l’Amérique du Nord et devançant l’Asie. Ce chiffre masque toutefois des variations considérables d’un pays à l’autre.
Ainsi, si dans dix-neuf États membres, plus de 90 % des 16-29 ans utilisent les réseaux sociaux, certains pays restent en deçà de cette barre symbolique. L’Italie (80,3 %), l’Allemagne (84,2 %) et le Luxembourg (84,8 %) ferment la marche du peloton. À l’autre extrémité du spectre, Chypre (98,3 %), la Tchéquie (97,2 %), le Danemark (96,9 %) et la Finlande (96,6 %) flirtent avec l’adoption universelle.
Ces écarts géographiques s’expliquent par une combinaison de facteurs : infrastructures numériques, culture numérique, niveaux d’équipement, mais aussi politiques publiques d’éducation et d’inclusion digitales.
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L’un des enseignements les plus frappants de l’enquête Eurostat est l’ampleur du fossé générationnel concernant l’usage des réseaux sociaux. Dans la quasi-totalité des pays européens, les 16-29 ans sont nettement plus connectés que le reste de la population.
Le record de cet écart est détenu par la Croatie : 90,7 % des jeunes utilisent les réseaux sociaux, contre seulement 61,5 % de la population générale, soit un différentiel de 29,2 points de pourcentage. L’Autriche suit de près avec un écart de 28,2 points (96,1 % chez les jeunes contre 67,9 % dans l’ensemble de la population), tandis que la Pologne accuse 27,2 points d’écart (90,5 % contre 63,3 %).
À l’inverse, certains pays affichent des écarts générationnels plus réduits, signe d’une adoption plus équilibrée des réseaux sociaux entre générations. Le Danemark, où 96,9 % des jeunes sont actifs contre 89,7 % de la population adulte, ne présente qu’un écart de 7,2 points. Malte (écart de 10,3 points) et Chypre (écart de 11,8 points) complètent ce podium des « pays sans fracture numérique générationnelle ».
Ces disparités révèlent des modèles sociaux différenciés. Dans les pays nordiques, souvent en avance sur les questions numériques, l’usage des réseaux sociaux s’est normalisé à tous les âges. Dans les pays d’Europe centrale et orientale, en revanche, la révolution numérique semble davantage portée par les jeunes générations, avec le risque de créer une double société numérique.
Civic-tech : quand les réseaux sociaux deviennent des outils démocratiques
L’enquête Eurostat ne s’est pas contentée de mesurer l’usage des réseaux sociaux pour les loisirs. Elle s’est également intéressée à une dimension moins connue mais tout aussi cruciale : l’engagement civique et politique en ligne.
En 2025, près d’un quart des jeunes Européens âgés de 16 à 29 ans (24,8 %) ont déclaré s’être engagés dans des activités civiques ou politiques sur Internet. Ces engagements prennent des formes variées : participation à des consultations en ligne, signature de pétitions électroniques, partage de contenus politiques, adhésion à des groupes de discussion citoyens, ou encore création de contenus militants sur les plateformes sociales.
Cette proportion, déjà significative, masque des écarts nationaux encore plus marqués. La Slovénie arrive en tête de ce classement avec 49,4 % de jeunes engagés politiquement en ligne, suivie de la Finlande et des Pays-Bas. À l’opposé, la Bulgarie, la Grèce et la Hongrie affichent les taux d’engagement les plus bas.
Ce « civic-tech », ou démocratie participative numérique, suscite beaucoup d’espoirs. Il promet de revitaliser une citoyenneté européenne parfois en berne, d’impliquer les jeunes dans les processus de décision, et de créer de nouveaux espaces de débat au-delà des institutions traditionnelles.
Les réseaux sociaux y jouent un rôle central. Ils permettent aux citoyens de contourner les médias traditionnels, d’interpeller directement leurs élus, de fédérer des communautés d’intérêt et de diffuser des informations alternatives. Mais ils posent aussi des questions redoutables : manipulation des algorithmes, bulles de filtrage, désinformation, harcèlement… L’engagement civique en ligne n’est pas une panacée.

La face cachée des chiffres : qui sont les 10,7 % de jeunes non connectés ?
Derrière le chiffre impressionnant de 89,3 % de jeunes Européens actifs sur les réseaux sociaux se cache une réalité moins glorieuse : plus d’un jeune sur dix n’utilise pas ces plateformes. Soit environ 10,7 % des 16-29 ans, soit plusieurs millions d’individus à travers l’Europe.
Qui sont ces « déconnectés » ? Les analyses d’Eurostat et des instituts nationaux de statistique suggèrent plusieurs profils. Il y a d’abord les exclus numériques de première génération : ceux qui n’ont pas accès à une connexion Internet fiable, faute d’infrastructures ou de moyens financiers. Dans certains pays d’Europe centrale et orientale, ou dans les zones rurales des pays occidentaux, l’accès au haut débit reste problématique.
Il y a ensuite les « résistants » : ceux qui, par choix ou par méconnaissance, refusent d’utiliser les réseaux sociaux. Parmi eux, on trouve des jeunes issus de milieux défavorisés, peu éduqués aux usages numériques, mais aussi des jeunes très religieux ou politiquement radicaux qui se méfient de ces outils.
Enfin, il y a les « invisibles » : ceux qui utilisent les réseaux sociaux mais d’une manière qui n’est pas captée par les enquêtes. Car être « actif » suppose certaines pratiques explicites : création d’un profil visible, publications régulières, interactions sociales identifiables. Les « lurkers » — ceux qui ne font que consulter sans jamais poster — ne comptent pas dans les statistiques d’Eurostat.
Cette diversité de profils rappelle que derrière les moyennes nationales se cachent des réalités sociales complexes. La non-connexion n’est pas un simple trou dans la matrice numérique : elle reflète souvent des inégalités plus profondes, d’accès à l’éducation, de revenus ou de reconnaissance sociale.
Quelles perspectives pour une Europe numérique inclusive ?
Que nous disent ces données pour l’avenir de l’Europe numérique ? Plusieurs tendances se dégagent.
D’abord, l’adoption des réseaux sociaux par les jeunes semble avoir atteint un palier. Après des années de croissance rapide, le taux de 89,3 % de 2025 marque une stabilisation, voire un plafonnement. Les 10 % restants, plus difficiles à convaincre, résisteront probablement encore longtemps à la frénésie numérique.
Ensuite, l’écart générationnel, s’il se réduit à mesure que les jeunes d’aujourd’hui vieillissent, pourrait persister plus longtemps qu’on ne le pense. Car l’usage des réseaux sociaux n’est pas seulement une affaire d’âge : c’est aussi une question de génération, de culture et de socialisation numérique. Les « digital natives » d’aujourd’hui resteront probablement plus connectés que leurs aînés ne le sont actuellement, même une fois devenus quinquagénaires.
Enfin, l’engagement civique en ligne, encore limité à un quart des jeunes, offre une marge de progression considérable. Les pouvoirs publics européens et nationaux ont tout intérêt à encourager cette forme de participation citoyenne, en développant des plateformes dédiées, en éduquant les jeunes aux usages démocratiques du numérique, et en luttant contre les dérives manipulatoires.
L’Europe numérique de demain se joue en partie sur les réseaux sociaux. Reste à savoir si nous saurons en faire des outils d’émancipation collective plutôt que de fragmentation individuelle. Les chiffres d’Eurostat, en éclairant les fractures et les potentiels, nous donnent quelques clés pour y parvenir.
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