Le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a annoncé son intention d’étendre la zone de contrôle militaire d’Israël à 70 % de la bande de Gaza, contre 53 % initialement prévus par l’accord de cessez-le-feu d’octobre 2025. Cette déclaration a immédiatement suscité une levée de boucliers internationale, l’Allemagne exprimant sa “profonde inquiétude” et son opposition à “une division permanente” du territoire palestinien. Le Hamas a dénoncé un “plan de nettoyage ethnique”, tandis que les analystes craignent une reprise d’une violence à grande échelle dans un territoire déjà exsangue, alors que les frappes israéliennes continuent de viser la direction militaire du Hamas.

Le Grand Courant
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53%, 64%, 70%… L’ambition territoriale affichée de Benyamin Netanyahou

C’est une annonce qui a glacé le sang des observateurs du conflit israélo-palestinien. Alors que le monde a les yeux tournés vers le théâtre de guerre iranien, Benyamin Netanyahou a choisi la fin de semaine du 29 mai pour redéfinir unilatéralement les termes d’un cessez-le-feu déjà très fragile. Devant la chaîne israélienne Channel 12, citée par de nombreuses agences, le chef du gouvernement a livré une déclaration que l’on pourrait qualifier de “déclaration d’annexion rampante”. “Nous contrôlons actuellement 60 % de la bande de Gaza, et mes instructions sont de passer au contrôle de 70 %”, a-t-il martelé.

Concrètement, cette déclaration pulvérise le cadre établi par l’accord de cessez-le-feu négocié sous l’égide de l’administration Trump en octobre 2025. Ce texte, bien qu’imparfait, prévoyait qu’Israël resterait maître de 53 % du territoire, matérialisé par une “ligne jaune” que l’armée ne devait pas franchir. Or, les images satellites et les rapports des ONG sur le terrain montraient déjà depuis plusieurs mois que cette limite avait été allègrement franchie. Israël contrôle déjà environ 64 % de l’enclave, y compris des zones “restreintes” interdites aux civils palestiniens et cartographiées comme telles dans les documents partagés avec les agences humanitaires.

Cette volonté d’étendre le glacis militaire ne tombe pas du ciel. Elle intervient dans un contexte politique intérieur explosif pour Netanyahou. Enlisé dans des guerres sur plusieurs fronts (Iran, Liban) sans avoir obtenu de victoire décisive, contesté par une partie de son état-major et menacé par une échéance électorale proche, le “Bibi” historique semble jouer son va-tout. En matérialisant une occupation définitive du territoire palestinien, il tente de reconquérir une base électorale d’extrême-droite qui lui réclame du sang et du fer. Max Rodenbeck, directeur du projet Israël-Palestine à l’International Crisis Group, analyse cette stratégie avec lucidité : “Il est déterminé à paraître dur devant l’électorat. Il est blâmé par ses opposants pour avoir mené cette guerre sur sept fronts sans en gagner aucun”.

Pour les plus de deux millions d’habitants de Gaza, entassés dans des conditions de promiscuité et de dénuement extrêmes (la majorité vit sous des tentes), cette réduction programmée de l’espace vital à seulement 30 % du territoire est une catastrophe annoncée. Mohammed Al-Shagra, un septuagénaire rencontré à Khan Younès, résume l’impasse logique dans laquelle les pousse la politique israélienne : “Où allons-nous ? À la mer ? Il n’y a plus de place”. L’armée israélienne, en se positionnant ainsi, transforme de fait l’ensemble de la bande de Gaza en une zone ouverte de non-droit, où la notion de “zone humanitaire” devient une pure fiction juridique.

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“Nettoyage ethnique” : La réponse cinglante du Hamas

L’écho de cette déclaration ne s’est pas fait attendre du côté de la bande de Gaza. Le Hamas, désormais dirigé par des cadres souvent clandestins après la décapitation quasi-systématique de son commandement militaire, a haussé le ton. Le bureau de presse du gouvernement dirigé par le mouvement islamiste à Gaza a immédiatement qualifié les propos de Netanyahou de “plan de nettoyage ethnique”.

Ismail Al-Thawabta, responsable du bureau des médias, a martelé que “toute tentative d’imposer une nouvelle réalité d’occupation à Gaza est nulle et illégitime”, ajoutant qu’il s’agissait d’une “escalade dangereuse” qui visait à provoquer un déplacement forcé de la population palestinienne. Cette rhétorique de la déportation est une corde sensible extrêmement tendue. Les Palestiniens se souviennent de la “Nakba” de 1948, et tout projet visant à réduire l’espace de vie à Gaza ravive la crainte atavique d’un second exode massif vers l’Égypte ou l’Europe.

Pourtant, derrière la surenchère verbale, le rapport de force sur le terrain reste farouchement inégal. Alors même que la communauté internationale discutait des implications de l’annonce de Netanyahou, les frappes aériennes et les tirs d’artillerie n’ont pas cessé. La nuit même du 26 au 27 mai, une frappe israélienne a visé un poste de contrôle de la police palestinienne à l’ouest de Khan Younès, faisant plusieurs morts. Plus tard dans la semaine, un immeuble résidentiel du quartier de Rimal, à Gaza, a été soufflé par une frappe qui visait deux cadres du Hamas. Le bilan est terrible : au moins dix morts, dont cinq enfants.

Sur le plan militaire, la stratégie israélienne semble être celle de la “tête coupée” (decapitation strategy). Dans la même semaine, l’armée israélienne a annoncé avoir abattu Mohammed Odeh, présenté comme le nouveau chef de la branche armée du Hamas (les Brigades Al-Qassam). Selon Tsahal, Odeh, qui aurait pris la suite de Izz Al-Din Al-Haddad (éliminé le 15 mai), était impliqué dans l’attaque du 7 Octobre 2023. Michael Kobi, expert à l’Institut d’études de sécurité nationale d’Israël, résume l’objectif : “Cela fait partie de la stratégie (israélienne) visant à affaiblir le Hamas, à saper sa cohésion en tant qu’organisation. Lorsque vous éliminez des personnes expérimentées, ils ont du mal à diriger l’organisation efficacement”.

Pourtant, la foule massée autour des cercueils lors de l’enterrement d’Odeh (où son corps, celui de sa femme et de son fils étaient portés en pleine rue) prouve une chose : l’humiliation et la colère restent des carburants politiques bien plus puissants que la terreur militaire. Le cortège funèbre qui traversait les décombres des bâtiments détruits à Gaza City était un défi silencieux à la puissance de feu israélienne. “Ce chemin ne s’arrêtera pas et la lutte du peuple palestinien continuera à tous les niveaux”, a lancé un parent d’Odeh.

L’Allemagne brise le silence européen : “Opposition à une division permanente”

En Europe, le silence diplomatique a souvent été interprété comme une forme d’acquiescement face aux actions militaires israéliennes. Mais l’annonce de l’extension du territoire contrôlé à 70 % a finalement sorti Berlin de sa réserve. Le vendredi 29 mai, le ministère allemand des Affaires étrangères a exprimé sa “préoccupation” et son “opposition à une division permanente du territoire palestinien”.

Cette déclaration, bien que mesurée dans sa forme, est lourde de sens. Berlin est historiquement l’un des alliés les plus fidèles d’Israël en Europe, portant le poids de la mémoire de la Shoah. Que l’Allemagne exprime une opposition claire sur un point aussi sensible que la partition territoriale est rare. La porte-parole du ministère a explicitement lié cette opposition à la Charte des Nations Unies, rappelant qu’un État palestinien viable ne peut exister si son territoire est découpé en parcelles militaires sous contrôle étranger. Cependant, aucune menace de sanction ou d’action diplomatique coercitive n’a été évoquée, laissant planer le doute sur la traduction concrète de cette opposition.

Ce positionnement allemand pourrait faire tache d’huile. Du côté de Paris et de Londres, les réactions étaient plus tièdes. Sollicitées par Reuters, les représentations diplomatiques britanniques et françaises n’ont pas souhaité commenter immédiatement les déclarations de Netanyahou. Une esquive qui illustre la paralysie classique du Conseil de sécurité. Le “Board of Peace” mis en place par la trêve Trump et ratifié par le Conseil de Sécurité s’est également contenté d’un “pas de commentaire” désabusé.

Pendant ce temps, la pression humanitaire monte. Les stocks d’aide sont au plus bas, les hôpitaux fonctionnent avec des générateurs à court de carburant. En réduisant encore la zone accessible, l’armée israélienne complexifie l’acheminement des secours. Les ONG comme Oxfam dénoncent depuis longtemps une politique de famine contrôlée. L’Allemagne, en sortant du rang, espère peut-être provoquer une réévaluation de la doctrine Trump sur le conflit, même si Washington, pris dans la nasse iranienne, semble pour l’instant donner carte blanche à son allié israélien.

Cette semaine, Benyamin Netanyahou a annoncé vouloir étendre le contrôle militaire israélien à 70% de la bande de Gaza. Une décision que le Hamas qualifie de “nettoyage ethnique” et que l’Allemagne dénonce comme une “division permanente” inacceptable du territoire palestinien. Alors que les frappes continuent de viser les cadres du mouvement islamiste (le nouveau chef de la branche armée a été éliminé mardi), les civils palestiniens paient le prix fort : 10 morts dont 5 enfants dans une seule frappe cette semaine. Où fuir quand l’espace se réduit comme une peau de chagrin ?

Washington distant et l’ombre du spectre iranien

Si Netanyahou se sent autorisé à brusquer les lignes rouges, c’est aussi parce que l’attention de l’administration Trump est entièrement accaparée par l’autre brasier du Moyen-Orient : l’Iran. Alors que les prix du pétrole oscillent violemment et que le détroit d’Ormuz reste partiellement bloqué, la Maison Blanche semble avoir passé un message clair à Jérusalem : “Faites ce que vous avez à faire, mais ne rallumez pas l’incendie qui nous détournerait de Téhéran”.

La semaine du 25 mai a d’ailleurs été marquée par des tensions directes entre les États-Unis et la République islamique. Le 26 mai, les forces américaines ont mené des frappes “défensives” en Iran, visant des sites de missiles et des vedettes poseuses de mines. Téhéran a immédiatement hurlé à la “violation grossière” de la trêve. Le ministre iranien des Affaires étrangères a menacé de ne “laisser aucune réponse au mal”, tandis que les cours du brut bondissaient de 3 % sur les marchés asiatiques.

Dans ce chaos régional, la “question palestinienne” devient presque une variable d’ajustement pour l’administration républicaine. Le secrétaire d’État Marco Rubio, bien qu’il se dise prêt à conclure un accord avec l’Iran sur la réouverture d’Ormuz, ne semble pas disposé à consacrer la moindre énergie à faire pression sur Netanyahou concernant Gaza. Ce désengagement diplomatique américain est perçu par certains analystes comme un feu vert implicite pour l’annexion de fait.

Ce contexte permet à Netanyahou de jouer la montre. Plutôt que de négocier la phase 2 du cessez-le-feu (qui prévoyait le retrait total et le désarmement du Hamas), il impose une réalité territoriale sur le terrain. Il parie que l’exaspération internationale et l’épuisement des médias finiront par rendre cette nouvelle occupation permanente. “À moins qu’il n’y ait une forme de résistance de la part de l’administration Trump, cela risque vraiment de conduire à un retour à quelque chose de très sanglant”, prévient Max Rodenbeck. C’est une mise en garde glaçante, car la semaine du 25 mai a montré que la logique de guerre l’emporte encore et toujours sur la logique de paix.

Survivre sous les décombres : le quotidien des civils palestiniens

Derrière les grandes manœuvres diplomatiques et les déclarations martiales, il y a une réalité crue, celle de familles palestiniennes contraintes de fuir plusieurs fois, de pères cherchant de la farine pour nourrir leurs enfants, d’enfants dont les cauchemars sont peuplés de drones. En réduisant la zone habitable, Israël ne combat pas seulement le Hamas ; il met à genoux toute une société.

Le cessez-le-feu d’octobre 2025 avait été accueilli comme une délivrance, mais huit mois plus tard, Gaza n’est toujours pas reconstruite. L’aide pénètre au compte-gouttes, les infrastructures sont dévastées. Les frappes continues ont fait plus de 900 morts palestiniens depuis le début de la trêve, comme le rapportent les chiffres des autorités sanitaires locales, cités par Arab News. Le gouvernement israélien, de son côté, déplore la mort de quatre soldats tués par des tirs militants.

Avec la perspective du contrôle des 70 %, c’est la perspective du ghetto total qui s’impose. Les déplacements entre le nord et le sud de Gaza deviendront quasi impossibles sans autorisation militaire. Les terres agricoles, déjà largement rasées, seront transformées en zone tampon. L’hôpital Al-Shifa, déjà endommagé, pourrait se retrouver en première ligne de tir.

La communauté internationale, représentée notamment par l’Allemagne, exprime son opposition, mais sur le terrain, cela ne change rien. L’article 3 de la Déclaration universelle des droits de l’homme (droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne) semble suspendu au-dessus de Gaza. Ce que montre cette semaine de fin mai, c’est l’impuissance crasse du multilatéralisme face à un conflit où la force brute dicte sa loi.

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May 30, 2026 17:39
Crée
May 30, 2026 17:40
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Netanyahou veut 70% de Gaza
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May 30, 2026 17:40
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