
ABIDJAN (LE GRAND COURANT) — Le sélectionneur des Éléphants de Côte d'Ivoire, Emerse Faé, a dévoilé vendredi 15 mai 2026, lors d'une conférence de presse tenue au stade Félix Houphouët-Boigny d'Abidjan, la liste des 26 joueurs retenus pour disputer la Coupe du Monde 2026, prévue du 13 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique. La sélection, qui effectue son retour dans la compétition douze ans après le Mondial 2014 au Brésil, évoluera dans le groupe E, aux côtés de l'Allemagne, de l'Équateur et de Curaçao. Parmi les décisions les plus commentées : le retour de l'ailier Nicolas Pépé, écarté lors de la CAN 2025, la présence des jeunes Ange-Yoan Bonny et Elye Wahi pour leur première phase finale mondiale, et la relégation de Sébastien Haller parmi les réservistes. Emerse Faé a synthétisé son ambition en une phrase : "Je ne vais pas aux États-Unis pour faire du tourisme. Je vais pour gagner."
Le 15 mai sur RTI 1 : quand Faé a prononcé les 26 noms
Il y a une tension particulière dans les conférences de presse de liste. Tout le monde sait que des carrières se jouent dans ces quelques minutes, que des vies sportives basculent dans un sens ou dans l'autre selon qu'un nom est ou non prononcé. Vendredi 15 mai 2026, au stade Félix Houphouët-Boigny, Emerse Faé avait la maîtrise totale de cet instant. Et il en a profité pour envoyer un message clair, avant même d'avoir énuméré un seul joueur : "Je ne vais pas en vacances aux États-Unis. Je vais pour gagner."
Cette phrase, simple, directe, sans fioritures rhétoriques, dit tout de l'état d'esprit d'un sélectionneur qui aborde son premier grand tournoi mondial avec une légitimité construite dans la durée. Emerse Faé a pris les rênes des Éléphants dans des conditions particulières — le limogeage de Jean-Louis Gasset en pleine CAN 2024, en Côte d'Ivoire, au moment où la sélection était au bord de l'élimination. Il a produit le miracle. Il a conduit les Éléphants au titre continental dans leur propre pays. Et deux ans plus tard, il défend ses choix devant les caméras avec la sérénité de celui qui sait précisément ce qu'il veut.
La liste qu'il a livrée en direct sur RTI 1 est un équilibre assumé entre continuité et renouvellement. Les gardiens d'abord : Yahia Fofana conserve sa position de numéro 1, un statut qu'il n'a jamais vraiment abandonné malgré les critiques. Il est accompagné de Mohamed Koné et d'Alban Lafont — ce dernier avait été critiqué lors de la CAN 2025 pour ses performances mitigées, mais Faé a maintenu sa confiance. Une décision qui n'a pas manqué de faire débat parmi les supporters ivoiriens, mais que le sélectionneur a défendu sur la base de la forme récente du gardien nantais.
En défense, l'ossature est solide et connue : Evan Ndicka, Ousmane Diomandé, Odilon Kossounou, Wilfried Singo, Ghislain Konan, Emmanuel Agbadou, Clément Akpa et le jeune Guéla Doué, auteur d'un but lors des quarts de finale de la CAN 2025 contre l'Égypte. Ce secteur combinera puissance physique, vitesse et polyvalence — des atouts précieux face à une Allemagne offensive et un Équateur physique.
Le milieu de terrain conserve ses équilibres habituels : Franck Kessié, Ibrahim Sangaré et Seko Fofana constituent le tronc dur, avec Jean-Michael Séri en appoint. Deux nouveaux visages complètent ce groupe : Parfait Guiagon et Christ Inao Oulaï, deux profils que Faé a intégrés pour apporter créativité et intensité à un entrejeu qui en aura besoin face aux meilleures équipes du groupe. Kessié, lui, a récemment célébré sa 100ème sélection avec les Éléphants — un cap symbolique qui dit tout de l'importance du capitaine dans ce projet collectif.
Quant aux absences notables qui alimentent les discussions : Sébastien Haller se retrouve parmi les quatre réservistes, aux côtés de Martial Godo, Christopher Opéri et Tapé. Faé l'a justifié avec une formule d'une franchise bienvenue : "Il a fallu faire des choix, et ce ne sont jamais des choix faciles." Haller, gêné par des blessures en 2026, paie le prix de son manque de régularité sur les derniers mois. Sa présence en réserve lui laisse toutefois une porte entrouverte en cas de forfait.
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De tous les noms prononcés vendredi 15 mai, celui de Nicolas Pépé est sans doute celui qui a provoqué la réaction la plus forte dans le pays. Pas d'étonnement — son retour en forme à Villarreal était suivi depuis des semaines —, mais une vraie satisfaction teintée de soulagement. Pépé avait été écarté lors de la CAN 2025 au Maroc. Cette mise à l'écart avait fait couler beaucoup d'encre dans les médias ivoiriens, qui rappelaient que l'ailier avait pourtant été l'un des artisans importants du sacre continental à domicile lors de la CAN 2024.
Son retour a commencé discrètement, lors de la trêve internationale de mars 2026. Le 23 mars, Emerse Faé l'avait convoqué en remplacement de Yan Diomandé, forfait. Pépé avait saisi sa chance avec la méthode la plus directe qui soit : un but dès le 12ème minute contre l'Écosse, dans un match amical remporté 1-0. Ce but — propre, décisif, arrivé dans les premières minutes — avait dit tout ce qu'il y avait à dire sur son état de forme et sur sa détermination à retrouver sa place dans l'armada offensive ivoirienne.
Ce retour est-il une simple récompense pour une bonne fin de saison espagnole ? Ou révèle-t-il quelque chose de plus profond sur la philosophie tactique d'Emerse Faé ? La seconde lecture me semble la plus juste. Pépé apporte à cet effectif ivoirien une qualité rare : la capacité à créer du danger en un contre-un, à éliminer un défenseur dans des espaces réduits, et à provoquer des décisions défensives adverses qui libèrent des espaces pour ses coéquipiers. Dans un Mondial où les équipes ont étudié les Éléphants depuis des mois, la capacité à créer de l'imprévisible individuelle est une ressource précieuse.
Pépé retrouve une attaque particulièrement bien fournie. Simon Adingra — mis à l'écart lors de la CAN 2025, ce qui avait surpris —, Amad Diallo, auteur de trois buts en trois titularisations lors de la CAN, et Evann Guessand, héros de la remontée contre le Gabon lors du dernier match de groupes de la CAN 2025. Deux noms nouveaux dans le groupe : Ange-Yoan Bonny, 21 ans, qui sera à la Coupe du Monde pour la première fois de sa carrière, et Elye Wahi, en grande forme à Nice en fin de saison, dont la fraîcheur et la capacité à prendre la profondeur ajoutent une dimension supplémentaire au profil offensif des Éléphants.
Cette abondance offensive est à la fois la grande force et la principale problématique de cette liste. Emerse Faé dispose de sept ou huit attaquants de qualité réelle pour quatre places de titulaires maximum. Cette concurrence interne est saine — elle maintient le niveau d'exigence et garantit que personne ne s'endort dans sa confort zone — mais elle exigera un management très précis des temps de jeu, des attentes et des états d'esprit au fil du tournoi.
Le groupe E : Allemagne, Équateur, Curaçao — lire la carte du Mondial
Avant même de parler de huitièmes de finale ou de chocs à élimination directe, la Côte d'Ivoire devra franchir le premier obstacle : sortir du groupe E. Et ce groupe, s'il n'est pas le plus relevé de la compétition, n'est pas non plus le plus facile.
L'Allemagne de Julian Nagelsmann est en grande forme. Depuis la nomination du technicien, la Mannschaft affiche un bilan de 18 victoires, 6 nuls et 5 défaites en 29 matchs, avec une série de 6 victoires consécutives depuis novembre 2025. Musiala, Wirtz, Kimmich, Havertz et Rüdiger constituent une ossature de classe mondiale. L'Allemagne a mis derrière elle le naufrage du Mondial 2022 (éliminée en phase de groupes) et la désillusion du quart de finale de l'Euro 2024. Elle arrive au Mondial 2026 avec la certitude que c'est son heure. Pour les Éléphants, le match contre la Mannschaft prévu le 20 juin au BMO Field de Toronto sera probablement le match-test de la phase de groupes — celui qui dira clairement de quel niveau la sélection ivoirienne est capable.
L'Équateur de Sebastián Beccacece constitue l'adversaire de l'entrée en lice le 14 juin au Lincoln Financial Field de Philadelphie. Portée par l'énergie de Moisés Caicedo, la qualité d'Estupiñán et la technique de Sarmiento, la Tri est une équipe physique, bien organisée, difficile à manœuvrer. La Côte d'Ivoire en était peut-être consciente lors de la fenêtre FIFA de mars 2026, quand elle battait très largement la Corée du Sud (4-0) et l'Écosse (1-0) — deux adversaires de qualité certes différente, mais contre lesquels les Éléphants ont montré des automatismes offensifs et une solidité défensive rassurante.
Curaçao — surprise historique de ce Mondial, qualifiée pour la première fois de son histoire — présente un profil radicalement différent. Dirigée par Dick Advocaat, la sélection caribéenne s'appuie sur des joueurs évoluant en Ligue 1 et dans les championnats européens secondaires : Tahith Chong, Jürgen Locadia, Eloy Room. Sa qualification reste un exploit incroyable, mais dans un groupe avec l'Allemagne et la Côte d'Ivoire, les attentes de la compétition pointent clairement vers une élimination de Curaçao. Le dernier match des Éléphants dans le groupe, le 25 juin à Philadelphie face à Curaçao, devrait être la rencontre de la confirmation.
Mediapronos donne la Côte d'Ivoire deuxième du groupe E derrière l'Allemagne — avec une qualification pour les huitièmes de finale comme scénario le plus probable. Goal.com signale "une bonne value sur la qualification en phase éliminatoire". Les cotes des bookmakers situent les Éléphants à 80 sur la victoire finale — ce qui les place hors des favoris mais dans la catégorie des équipes qui peuvent réserver des surprises.
Il y a néanmoins une observation tactique qui mérite d'être faite. La Côte d'Ivoire d'Emerse Faé a défendu de façon exceptionnelle pendant les éliminatoires : dix clean sheets en dix rencontres. Cette muraille défensive — construite autour de l'axe Diomandé-Ndicka-Kossounou, avec des latéraux comme Singo et Konan capables de monter efficacement — est l'un des atouts les moins médiatisés de la sélection ivoirienne. Dans un Mondial où les erreurs défensives se paient cash, cette solidité est une ressource stratégique.

Leçons de la CAN 2025 : l'Égypte et le choc qui a forgé cette génération
Parler des chances des Éléphants au Mondial 2026 sans analyser la CAN 2025 serait une erreur. Ce tournoi — organisé au Maroc, avec la Côte d'Ivoire en championne d'Afrique en titre — a mis en lumière les forces et les limites actuelles de la sélection.
Les Éléphants ont démarré la CAN 2025 avec la pression qui accompagne les champions en titre. Le groupe F a été traversé avec autorité : une première place finale, arrachée lors du dernier match contre le Gabon — menée 0-2, la Côte d'Ivoire avait renversé le match pour l'emporter 3-2, avec un but de Evann Guessand à la 84ème minute et le but de la victoire de Bazoumana Touré en prolongation (90+1). Cette remontada avait confirmé le caractère de cette génération : elle ne lâche pas.
En huitièmes de finale, le Burkina Faso avait été dominé sans discussion : 3-0, avec un Amad Diallo décisif dès l'entame de la rencontre. Les Éléphants affichaient la sérénité des grandes équipes.
Puis vinrent les quarts de finale et l'Égypte de Mohamed Salah. Le match fut exceptionnel, intense, dramatique. L'Égypte ouvre le score rapidement par Omar Marmoush (4ème minute), double la mise via Rami Rabia (32ème), avant que Salah ne transforme le couteau dans la plaie (52ème). La Côte d'Ivoire réagit par deux buts — un CSC d'Ahmed Abou El Fotouh à la 40ème et un sublime but de Guéla Doué à la 73ème — mais ne parvient pas à arracher l'égalisation. Fin du parcours à 3-2.
Cette défaite en quarts face à l'Égypte est une leçon précieuse. Elle a montré que les Éléphants peuvent être rattrapés quand leur intensité défensive faiblit en seconde période. Elle a révélé que face à des équipes ayant un vrai buteur de classe mondiale au sommet de sa forme — comme Salah ce soir-là —, la sélection ivoirienne peut flancher si elle perd le fil du match.
Mais elle a aussi révélé de la résilience, de la qualité offensive profonde, et un groupe capable de produire des performances incroyables. Guéla Doué, 20 ans, qui inscrit un but de classe dans un quart de finale de CAN, c'est la preuve que cette équipe a des joueurs capables d'élever leur niveau dans les grands moments.
Les matchs amicaux de mars 2026 ont ensuite confirmé une évolution favorable. Face à la Corée du Sud (4-0), les Éléphants ont montré une fluidité offensive remarquable avec un but de Guessand (35ème), Adingra (45+1ème), Godo (62ème) et Singo (90+3ème) — de l'énergie et de la profondeur de banc démontrées sur l'ensemble du match. Contre l'Écosse (1-0), la victoire moins probante sur le plan du jeu, mais décisive dans son message : même dans un match serré, Nicolas Pépé a su faire la différence.
"Aller à la guerre" : ce que peut vraiment faire cette Côte d'Ivoire au Mondial 2026
Il y a une phrase d'Emerse Faé qui mérite d'être prise au pied de la lettre. "Le groupe est assez équilibré pour aller à la guerre." Cette formule militaire — volontaire, calculée — dit quelque chose d'essentiel sur la façon dont le sélectionneur aborde ce Mondial : non pas avec la passivité de celui qui est content d'être là, mais avec la détermination de celui qui estime avoir les armes pour faire quelque chose de grand.
Les arguments en faveur d'une qualification pour les huitièmes de finale sont solides. Une défense exceptionnelle en éliminatoires — dix clean sheets sur dix matchs, c'est un record qui se construit sur une solidité organisationnelle et une cohésion de groupe. Une attaque abondante, variée, avec des profils complémentaires qui permettent à Faé de moduler son approche selon les adversaires. Un capitaine en Franck Kessié qui vient de célébrer sa 100ème sélection et qui aborde ce Mondial avec la maturité d'un leader. Et derrière lui, des joueurs comme Sangaré, Seko Fofana ou Séri qui ont l'habitude des matchs à enjeu.
Les arguments en faveur d'un parcours plus profond existent aussi. Si les Éléphants sortent deuxièmes du groupe E — le scénario le plus probable selon les analystes —, ils affronteraient en huitièmes l'un des vainqueurs de groupe adjacents. Selon la configuration, un tel match pourrait les placer face à des adversaires abordables. Et une équipe qui a la capacité de battre l'Allemagne — chose improbable mais pas impossible — changerait complètement la dynamique de son tournoi.
Les facteurs de doute sont également présents. L'incertitude autour du poste de numéro 9 est réelle : sans Haller dans les 26, qui sera l'avant-centre de référence ? Elye Wahi ? Ange-Yoan Bonny ? Oumar Diakité ? Aucun de ces profils n'a la même densité physique et l'expérience des grands matchs que Haller dans ses meilleures années. C'est une question que l'adversité du tournoi révélera.
Il y a aussi la capacité à gérer les matchs couperets dans les phases à élimination directe. La CAN 2025 a montré que les Éléphants peuvent flancher dans les moments de pression maximale. Le Mondial est une compétition où chaque erreur peut être fatale — et où les adversaires des huitièmes, quarts ou demi-finales seront tous capables d'exploiter le moindre relâchement.
Ce que je perçois dans cette liste et dans ce projet collectif, c'est quelque chose que les chiffres ne peuvent pas entièrement capturer : une génération qui a connu l'échec (l'absence de 2018 et 2022 aux Mondiaux, la défaite en quart à la CAN 2025), le triomphe (le titre continental 2024 dans leur propre maison) et qui arrive au Mondial 2026 avec la conviction que c'est son moment. Une génération de joueurs formés dans les meilleures académies européennes, évoluant dans les meilleurs championnats — Premier League, Liga, Bundesliga, Serie A —, qui revient à la table mondiale après douze ans d'absence.
La Côte d'Ivoire n'est pas favorite du groupe E. Mais elle a assez de talent, assez de cohésion et assez de caractère pour se qualifier pour les huitièmes de finale — et peut-être, si elle joue son meilleur football au bon moment, pour aller encore plus loin. Emerse Faé a dit qu'il n'allait pas aux États-Unis en vacances. Je le crois. Les Éléphants ont faim.
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