
WASHINGTON/RIYAD (LE GRAND COURANT) — Le président américain Donald Trump a officiellement désigné l'Arabie Saoudite comme "allié majeur non membre de l'OTAN" lors d'un dîner de gala organisé à la Maison-Blanche en l'honneur du prince héritier Mohammed ben Salmane en novembre 2025. Cette annonce, révélée en primeur lors de cette cérémonie, s'accompagne de la signature d'un Accord de Défense Stratégique (SDA) — le plus ambitieux jamais conclu entre les deux pays —, de la vente d'armements estimée à 142 milliards de dollars incluant des chasseurs furtifs F-35, d'un mémorandum d'accord sur l'intelligence artificielle et d'une déclaration commune sur la coopération nucléaire civile. En contrepartie, Riyad s'est engagé à porter ses investissements aux États-Unis de 600 milliards à 1 000 milliards de dollars. Ce partenariat inédit transforme l'Arabie Saoudite en pôle stratégique américain au cœur d'un Moyen-Orient entré en pleine recomposition.
Washington, novembre 2025 : la nuit où tout a basculé
Il y a des dîners d'État qui ressemblent à des cérémonies diplomatiques ordinaires. Et puis il y en a d'autres dont on perçoit, à mesure que les heures passent, que quelque chose d'inhabituellement structurant vient de se produire dans l'histoire. Le dîner organisé à la Maison-Blanche en novembre 2025 en l'honneur du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane appartient à cette deuxième catégorie.
La journée avait déjà été dense. Au cours des entretiens en amont de la soirée, les délégations américaine et saoudienne avaient signé plusieurs documents qualifiés d'"historiques" par les deux gouvernements : un Accord de Défense Stratégique (SDA), une déclaration commune sur l'énergie nucléaire civile, un mémorandum d'accord sur l'intelligence artificielle et un accord-cadre sur les minéraux critiques. Et surtout, la Maison-Blanche avait annoncé l'approbation de la vente à l'Arabie Saoudite de 48 chasseurs furtifs F-35 — faisant du Royaume le deuxième pays de la région, après Israël, à détenir cet équipement militaire de pointe.
Mais c'est lors du dîner, dans l'atmosphère solennelle du bâtiment qui symbolise le pouvoir américain, que Trump a sorti sa dernière annonce. "Ce soir, je suis ravi d'annoncer que nous poussons notre coopération militaire à des sommets encore plus élevés en désignant officiellement l'Arabie Saoudite comme un allié majeur hors OTAN. C'est quelque chose de très important pour eux", a déclaré le président, avant d'ajouter avec une pointe de théâtralité : "Et je vous le dis pour la première fois, car ils voulaient garder un petit secret pour ce soir."
Cette désignation n'est pas un simple titre honorifique. Les pays reconnus comme alliés majeurs non membres de l'OTAN bénéficient d'avantages concrets en matière de coopération de défense : accès aux programmes conjoints de recherche et développement avec le Pentagone, accès privilégié aux armes américaines de dernière génération, formation militaire avancée et possibilité de prêts d'équipements. Parmi les autres pays disposant de ce statut figurent Bahreïn, la Colombie, l'Égypte, Israël, le Japon, le Kenya, le Pakistan, le Qatar et la Corée du Sud. L'Arabie Saoudite rejoint donc un club restreint — mais elle en devient, par la taille de son économie et la centralité de sa position régionale, de loin le membre le plus stratégiquement important.
Côté saoudien, Mohammed ben Salmane a remercié Trump pour "un accueil chaleureux" et a confirmé l'engagement de Riyad de porter ses investissements prévus aux États-Unis de 600 milliards de dollars à 1 000 milliards d'ici l'année suivante. Une déclaration qui, même si elle reste pour l'instant dans le registre de la promesse, témoigne de l'ambition de la relation et de la confiance — réciproque, intéressée, mais bien réelle — que les deux dirigeants ont construite.
Ce dîner intervient sept ans après la dernière rencontre entre Trump et MBS au Congrès de l'OTAN en 2018, et dans un contexte radicalement transformé. L'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi dans le consulat saoudien d'Istanbul en 2018 avait fracturé les relations entre Riyad et Washington sous la présidence Biden, qui avait imposé des gels et des conditions sur les ventes d'armes. Sous Trump, cette page est tournée avec une désinvolture qui dit beaucoup sur les priorités du locataire actuel de la Maison-Blanche : "Les relations entre les deux pays ont retrouvé toute la tension générée par la mort du journaliste Jamal Khashoggi", note le media Atalayar avec une formulation diplomatique qui laisse peu d'ambiguïté sur ce que Washington a mis de côté pour avancer.
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Pour comprendre l'étendue réelle de ce deal américano-saoudien, il faut dépasser la formule de l'"allié majeur hors OTAN" — aussi importante soit-elle symboliquement — et examiner les cinq dimensions concrètes de ce partenariat.
La première et la plus spectaculaire est militaire. Trump a annoncé que l'Arabie Saoudite achèterait aux États-Unis environ 142 milliards de dollars d'armes, de munitions et de services dans le domaine de la défense. Un chiffre présenté par le président américain lui-même comme le plus important accord de vente d'armements de l'histoire des relations américano-saoudiennes. Dans ce package figurent les F-35 déjà mentionnés, mais aussi près de 300 chars de fabrication américaine, des équipements d'artillerie, des systèmes de défense antiaérienne et des services de formation. Pour l'industrie militaire américaine, l'opération représente des milliers d'emplois sur plusieurs années.
La deuxième dimension est technologique et couvre l'intelligence artificielle. Le mémorandum d'accord signé donne à l'Arabie Saoudite "accès aux systèmes avancés d'IA américains tout en protégeant les technologies américaines". Cette formulation — qui porte en elle-même la tension entre le désir de partage et la crainte de la fuite technologique — doit être lue dans le contexte de l'ambition saoudienne pour Vision 2030. Riyad a lancé "Humain", une structure dédiée à l'IA créée par le Fonds souverain saoudien (Public Investment Fund), avec l'ambition d'en faire un pôle mondial de l'intelligence artificielle. Le partenariat américain est la pièce maîtresse de cette stratégie. Trump a par ailleurs validé que les entreprises américaines d'IA soient les partenaires prioritaires de l'Arabie Saoudite dans ce domaine — une façon d'exclure de facto les entreprises chinoises d'un marché qui s'annonce colossal.
La troisième dimension est nucléaire. La déclaration commune sur l'énergie nucléaire civile "jette les bases juridiques d'un partenariat d'une durée de plusieurs décennies et d'une valeur de plusieurs milliards de dollars". Ce sujet est l'un des plus sensibles de toute la relation bilatérale. L'Arabie Saoudite veut développer sa filière nucléaire civile pour diversifier son mix énergétique dans le cadre de Vision 2030. Mais elle refuse que l'accord impose les garanties dites "Protocole 123" — qui prohibent l'enrichissement d'uranium à des fins militaires. Cette demande saoudienne est précisément ce qui a bloqué les négociations sous Biden, qui exigeait ces garanties comme condition non négociable. Trump a adopté une approche plus souple, avançant sur les bases juridiques du partenariat tout en laissant la question des garanties de non-prolifération pour des négociations ultérieures. Un pari risqué que les non-proliférationistes américains regardent avec beaucoup d'inquiétude.
La quatrième dimension concerne les minéraux critiques. L'accord-cadre signé sur ce sujet vise à "sécuriser et diversifier les chaînes d'approvisionnement essentielles à la fabrication de pointe, à l'énergie et à la sécurité nationale". En clair : réduire la dépendance américaine à la Chine pour les matières premières indispensables à la fabrication de puces, de batteries et d'équipements militaires, en utilisant la capacité de l'Arabie Saoudite à accéder à des sources alternatives via ses partenariats africains et asiatiques.
La cinquième dimension est économique au sens large. L'engagement saoudien de porter ses investissements aux États-Unis à 1 000 milliards de dollars représente un signal de confiance que Trump a traduit en termes commerciaux très concrets lors de sa première visite en Arabie Saoudite au début de son deuxième mandat en mai 2025 : la promesse de créer des milliers d'emplois américains grâce aux contrats saoudiens. Un argument de politique intérieure aussi puissant que n'importe quelle justification géostratégique.
"Saudi First" et "America First" : deux visions qui se sont trouvées
La résilience et la profondeur de ce partenariat ne peuvent pas se comprendre sans analyser pourquoi les intérêts stratégiques des deux parties convergent à ce point en 2025-2026 — avec une intensité que ni les démocrates américains ni les alliés européens n'ont vraiment anticipée.
Du côté américain, Trump cherche plusieurs choses simultanément. Il cherche à ancrer la présence américaine au Moyen-Orient via des relais fiables, à une époque où l'opinion publique américaine est fatiguée des guerres directes dans la région. Il cherche à maximiser les contrats commerciaux — armements, technologies, services — au profit de l'économie américaine. Et il cherche à contenir l'influence croissante de la Chine dans la région, notamment dans les domaines du numérique et des infrastructures.
Du côté saoudien, MBS poursuit avec une cohérence remarquable plusieurs objectifs simultanés. La Vision 2030 — son grand projet de transformation de l'économie saoudienne vers le post-pétrole — a besoin d'investissements technologiques massifs que seuls les États-Unis et leurs partenaires peuvent fournir à l'échelle et avec la crédibilité requises. Sa sécurité personnelle et la pérennité du régime ont besoin d'un parapluie américain clair après les secousses de l'affaire Khashoggi. Et sa position régionale a besoin que Washington le traite, selon l'analyse de Yasmine Farouk de l'International Crisis Group, "comme un partenaire stratégique et un leader régional du Proche-Orient, et non plus seulement comme un État ami ou simplement client".
Il y a dans cette convergence une logique presque mécanique que la chercheuse Fatiha Dazi-Héni résume avec une formule saisissante : "Le slogan America First du MAGA de Trump résonnait avec le Saudi First de la Vision 2030 de MBS." Deux nationalistes, deux visions de grandeur nationale, deux leaders qui comprennent le langage du deal concret plutôt que celui du multilatéralisme institutionnel. Deux hommes qui se ressemblent dans leur approche du pouvoir : centralisée, personnalisée, transactionnelle.
Cette chimie personnelle s'est manifestée de façon spectaculaire lors de la toute première visite de Trump à l'étranger dans son second mandat — une tournée dans le Golfe du 13 au 16 mai 2025 qui a commencé par Riyad. Lors de ce déplacement inaugural, Trump a levé les sanctions économiques contre la Syrie — une mesure réclamée depuis des années par Riyad — et a rencontré le président syrien Ahmed Al-Charaa à Riyad même. Ce geste fort, qui ne fait pas l'unanimité au sein de l'administration américaine, a été interprété comme un cadeau diplomatique offert à MBS en échange de sa coopération régionale. "Ces annonces ont constitué un réel succès diplomatique pour Riyad, et un revers pour Israël", note l'analyse d'Orient XXI.
Car derrière le récit du partenariat idyllique se cache une tension que Washington a longtemps essayé de gérer : celle entre ses deux alliés clés de la région, Israël et l'Arabie Saoudite, dont les intérêts divergent sur plusieurs sujets fondamentaux.

Les Accords d'Abraham, l'Iran et la Palestine : les dossiers qui résistent au deal
Le deal Trump-MBS est réel, profond, structurant. Mais il ne règle pas tout. Trois dossiers cruciaux restent en suspens, et c'est leur gestion qui dira si ce partenariat peut réellement remodeler durablement le Moyen-Orient ou s'il reste une architecture brillante mais incomplète.
Le premier est la normalisation saoudo-israélienne dans le cadre des Accords d'Abraham. Trump avait fait de cet objectif l'une des pierres angulaires de sa diplomatie moyen-orientale depuis son premier mandat. Les Accords d'Abraham avaient réussi à normaliser les relations d'Israël avec les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan en 2020. L'Arabie Saoudite — par sa taille, sa légitimité religieuse comme gardien des lieux saints de l'Islam et son poids dans la Ligue arabe — représentait le grand prix : une normalisation avec Riyad aurait une signification symbolique et stratégique incomparablement plus grande que toutes les précédentes.
MBS a lui-même déclaré, lors de sa visite à la Maison-Blanche en novembre 2025, que l'Arabie Saoudite "voulait faire partie des Accords d'Abraham". Cette déclaration a fait sensation. Mais il a immédiatement assorti cette déclaration d'une condition explicite : "Nous voulons être sûrs de garantir une voie claire vers une solution à deux États." Autrement dit, la normalisation avec Israël est possible, mais conditionnée à des avancées concrètes sur la question palestinienne — dans un contexte où Israël est engagé dans une guerre dévastatrice à Gaza depuis octobre 2023.
Trump a répondu prudemment lors de son discours à la conférence Future Investment Initiative à Miami le 27 mars 2026 : "J'espère que vous allez enfin rejoindre les Accords d'Abraham." Puis, réaliste sur les contraintes de son interlocuteur saoudien : "Mais vous le ferez à votre propre rythme." Une façon d'admettre ce que Washington analyse maintenant avec lucidité : la normalisation saoudo-israélienne n'est plus à portée à court terme, et Trump a explicitement déconditionné le renforcement des relations bilatérales de cette normalisation — contrairement à l'approche Biden.
Le deuxième dossier est l'Iran. Les frappes américano-israéliennes sur l'Iran, déclenchées le 28 février 2026 dans le cadre de l'opération que certains médias ont surnommée "Epic Fury", ont profondément transformé le paysage régional. L'Arabie Saoudite avait été la cible de plus de 500 drones et 40 missiles tirés par l'Iran depuis le début des hostilités — dont plusieurs visant ses infrastructures pétrolières et la base aérienne Prince Sultan. Pour MBS, l'affaiblissement militaire de l'Iran est objectivement une bonne nouvelle. Mais sa vision de l'après-Iran est plus nuancée que celle d'Israël : Riyad préfère voir Téhéran affaibli mais contrôlé par un accord, plutôt que livré au chaos qui pourrait déstabiliser toute la région. C'est pourquoi, paradoxalement, l'Arabie Saoudite soutient l'idée d'un accord nucléaire américano-iranien — une position qui surprend ceux qui la perçoivent comme irréductiblement hostile à Téhéran.
Le troisième dossier est le nucléaire civil saoudien, et il est peut-être le plus périlleux sur le long terme. L'Arabie Saoudite veut construire ses propres centrales nucléaires civiles. Elle veut la technologie américaine pour les alimenter. Mais elle refuse les garanties de non-prolifération exigées par le Congrès américain — qui empêcheraient Riyad d'enrichir son propre uranium ou de le retraiter. Cette tension entre la volonté de Washington de demeurer un fournisseur de technologies nucléaires et sa responsabilité de non-proliférationiste reste entière. Un Congrès divisé pourrait bloquer toute avancée sur ce sujet, même si Trump a montré sa volonté de faire avancer les bases juridiques du partenariat.
Les implications mondiales : Afrique, Pétrole, Russie, Chine — qui perd, qui gagne dans ce remodelage ?
Ce deal Trump-MBS n'est pas qu'une affaire bilatérale. Il s'inscrit dans un rééquilibrage géopolitique global dont les effets se propagent bien au-delà du Moyen-Orient. Et plusieurs acteurs mondiaux — dont certains sur le continent africain — ont des raisons de s'interroger sur ce que ce nouveau partenariat implique pour eux.
Du côté de la Chine, ce pacte américano-saoudien est d'abord une défaite diplomatique partielle. Pékin avait réussi en 2023 un coup de maître en servant de médiateur à la normalisation des relations entre l'Arabie Saoudite et l'Iran. Ce succès avait été présenté comme le signe d'un Moyen-Orient en train de se désaffilier de la tutelle américaine. Le rapprochement massif de Riyad avec Washington depuis novembre 2025 invalide en partie cette lecture. L'Arabie Saoudite joue sur plusieurs tableaux — elle ne rompt pas avec Pékin, avec qui ses échanges commerciaux restent substantiels — mais elle a clairement choisi les États-Unis comme partenaire technologique et militaire prioritaire. La pression exercée sur G42 (les Émirats arabes unis) pour couper ses liens avec la Chine techno traduit la même dynamique dans les pays du Golfe.
Du côté de la Russie, les implications sont également significatives. Moscou avait trouvé dans l'OPEC+ une enceinte de coordination commode avec Riyad sur les prix du pétrole. Mais le renforcement du partenariat américano-saoudien — et l'entrée en guerre de l'Iran, allié de Moscou, contre Washington et Israël — complique la relation russo-saoudienne. L'Arabie Saoudite a d'ailleurs signé un accord sur la défense aérienne avec l'Ukraine lors d'une visite de Zelensky à Riyad — un signal à l'ambiguïté calculée qui montre que MBS entend rester maître de ses propres équilibres.
Du côté de l'Afrique, ce remodelage a des implications moins immédiates mais réelles. L'Arabie Saoudite développe une diplomatie africaine croissante — notamment à travers les investissements du PIF dans plusieurs pays du continent, les liens économiques avec l'Égypte et le Maroc, et sa présence dans les marchés pétroliers d'Afrique subsaharienne. Si Riyad consolide sa position de "leader régional" reconnu par Washington, son poids dans les négociations qui touchent le continent africain — sur le pétrole, sur le financement des infrastructures, sur les routes commerciales — s'en trouve mécaniquement renforcé. Cette dynamique devra être suivie de près par les capitales africaines qui cherchent à diversifier leurs partenaires sans se voir imposer des alignements auxquels elles n'auraient pas choisi de souscrire.
Du côté du marché pétrolier, la désignation de l'Arabie Saoudite comme allié majeur hors OTAN complexifie encore la question de la production de brut. Washington a historiquement demandé à Riyad de maintenir les prix du pétrole à un niveau raisonnable pour contenir l'inflation américaine. Ce levier politique — qui a toujours été la contrepartie implicite de la protection militaire américaine — est désormais formalisé dans une architecture d'alliance qui lui donne plus de substance mais aussi plus de réciprocité. Si les États-Unis protègent militairement l'Arabie Saoudite comme jamais auparavant, ils s'attendent légitimement à une coopération sur la production pétrolière que Riyad devra gérer avec d'autant plus de doigté que l'OPEC+ reste sa principale enceinte de coordination avec d'autres producteurs.
Ce que je retiens de ce deal — avec l'œil de quelqu'un qui lit la géopolitique de la région depuis des années —, c'est une évidence que les analyses trop centrées sur les chiffres (142 milliards d'armes, 1 000 milliards d'investissements) ont tendance à occulter : ce partenariat est avant tout celui de deux hommes qui se comprennent, qui se respectent et qui partagent une vision du monde fondamentalement transactionnelle. Trump traite MBS en "leader régional" — un statut dont le prince héritier rêvait et que Biden lui avait refusé après Khashoggi. En échange, MBS offre à Trump tout ce dont un président américain "America First" peut rêver : des milliers d'emplois américains dans l'industrie de défense, une présence technologique américaine au cœur d'un marché de milliards, et un allié régional suffisamment fort pour gérer les crises sans impliquer des troupes américaines au sol.
C'est un deal pragmatique, peut-être cynique, certainement incomplet sur les dossiers les plus sensibles. Mais dans le Moyen-Orient de 2026 — post-Gaza, post-frappes sur l'Iran, post-recomposition syrienne —, il est peut-être aussi le seul deal possible. La question qui reste en suspens est celle que Fatiha Dazi-Héni formule avec précision : "Qui peut encore se fier à ses engagements ?" Dans un contexte où Trump a déjà renversé plusieurs certitudes diplomatiques, la solidité de cette alliance repose sur des intérêts bien compris plutôt que sur des valeurs partagées. C'est sa force. C'est aussi sa limite.
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