KIGALI, 14 mai 2026 (Le Grand Courant) — Le coup d'envoi de la 13e édition de l'Africa CEO Forum a été donné ce jeudi 14 mai à Kigali, au Rwanda, devant plus de 2 800 participants venus de plus de 75 pays. Organisé par Jeune Afrique Media Group en partenariat avec l'International Finance Corporation (IFC), l'événement réunit pour deux jours (14-15 mai) les principaux patrons, investisseurs, chefs d'État et décideurs publics du continent africain. Le thème de cette édition, « Scale or Fail : pourquoi le capitalisme africain doit unir ses forces », résume à lui seul l'urgence perçue par ses organisateurs : dans un monde économique en recomposition rapide, les entreprises africaines doivent atteindre une taille critique ou risquer d'être marginalisées. Le président rwandais Paul Kagame et son homologue nigérian Bola Ahmed Tinubu figurent parmi les chefs d'État présents à la cérémonie d'ouverture.

Le Grand Courant
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Kigali, « laboratoire » d'un nouveau logiciel économique

Il y a dans le choix de Kigali quelque chose de délibérément symbolique. Le Rwanda — ce pays minuscule en superficie, meurtri dans sa chair par un génocide il y a trente ans, et pourtant devenu en trois décennies l'un des environnements d'affaires les plus attractifs du continent africain — n'est pas n'importe quel décor pour parler d'ambition et de transformation. C'est même, pour les organisateurs, un argument en soi.

Le 14 mai 2026, le Kigali Convention Centre a ouvert ses portes à la 13e édition de l'Africa CEO Forum, rassemblant plus de 2 800 participants issus de plus de 75 pays, selon les chiffres officiels communiqués par Jeune Afrique Media Group et le Rwanda Development Board (RDB). Patrons du continent, investisseurs institutionnels, banquiers de développement, chefs d'État, ministres, représentants de l'Union africaine et de l'Union européenne : le tout-Afrique économique convergeait vers la capitale rwandaise avec une question en commun — comment les entreprises africaines peuvent-elles enfin atteindre la taille critique qui leur fait défaut ?

Le thème retenu pour cette édition, «Scale or Fail : pourquoi le capitalisme africain doit unir ses forces», ne laisse pas de place à l'ambiguïté. Dans une formule délibérément provocatrice, les organisateurs posent un diagnostic depuis longtemps partagé mais rarement exprimé avec cette franchise : les entreprises africaines restent, pour la plupart, trop petites pour peser dans la compétition mondiale. Et cette fragilité, dans un monde de plus en plus fragmenté et dominé par les grandes puissances économiques, n'est plus seulement un handicap économique — c'est un risque existentiel.

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«Scale or Fail» : de quoi parle-t-on vraiment ?

Le slogan de cette édition résonne comme un avertissement. Dix ans après le lancement des négociations de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), le constat est amer : malgré son potentiel considérable sur le papier, la ZLECAf n'est que très partiellement mise en œuvre. Les barrières tarifaires et non-tarifaires restent nombreuses. La libre circulation des capitaux reste un idéal plus qu'une réalité. Et les «champions africains» qui devraient porter le continent dans les classements mondiaux brillent encore trop souvent par leur absence.

«L'Afrique dispose de capitaux et de l'élan nécessaire pour accélérer sa croissance et créer des emplois de qualité», affirmait Amir Ben Yahmed, président de l'Africa CEO Forum, dans les jours précédant l'événement. Mais l'obstacle n'est pas là. Selon lui, il réside dans une incapacité chronique à mobiliser ces ressources à l'échelle continentale : les entreprises africaines «ne peuvent plus grandir seules», a-t-il martelé.

Trois leviers ont été identifiés par les organisateurs comme essentiels à la construction de cette dimension continentale. Le premier est l'équité partagée : il s'agit de libérer les investissements transfrontaliers pour créer des champions multinationaux africains, en mobilisant les capitaux institutionnels locaux — fonds de pension, assurances, fonds souverains — au-delà des frontières nationales. Le deuxième est l'infrastructure partagée : des projets transformateurs à vocation régionale plutôt que nationale, de la connexion zambie-tanzanie-kenya au corridor de Simandou en Guinée, en passant par les câbles sous-marins de données comme 2Africa. Le troisième est l'harmonisation réglementaire : aligner les standards, les cadres juridiques et les rails numériques — pour les paiements, la santé, l'éducation, l'agri-business — sur une base continentale, selon les informations du Rwanda Development Board (RDB).

Les têtes d'affiche : Kagame, Tinubu, Dangote et les poids lourds du continent

La puissance symbolique de l'Africa CEO Forum tient aussi à la qualité de ses participants. Pour cette 13e édition, la cérémonie d'ouverture a été présidée par le président rwandais Paul Kagame, en présence de son homologue nigérian Bola Ahmed Tinubu, du président mauritanien Mohamed Ould Ghazouani, du président guinéen Mamadi Doumbouya, du chef de l'État gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema, et du Premier ministre mozambicain Maria Benvinda Levi.

Côte d'Ivoire et Maroc ont également envoyé des délégations de haut niveau. Le Premier ministre ivoirien Robert Beugré Mambé, mandaté par le président Alassane Ouattara, défendait l'ambition d'un Plan national de développement 2026-2030 chiffré à plus de 114 000 milliards de FCFA, dont 70 % devront venir du secteur privé, selon l'Agence ivoirienne de presse. Le ministre marocain Karim Zidane a conduit pour sa part une délégation représentant les secteurs bancaire, financier, minier et pharmaceutique.

Du côté du secteur privé, la présence de personnalités comme Aliko Dangote (PDG de Dangote Industries), Makhtar Diop (DG de l'IFC), Sidi Ould Tah (président de la Banque africaine de développement, BAD) ou encore Clare Akamanzi (DG de NBA Africa) confirmait que Kigali était bien, pour ces quelques jours, le centre de gravité des décisions économiques africaines.

Dans son discours d'ouverture, Paul Kagame a appelé l'Afrique à «prendre conscience de sa place dans le système mondial et passer de l'analyse à l'action concrète», estimant que le principal obstacle au développement résidait moins dans «le manque de ressources ou d'idées que dans l'insuffisance de coordination et de mise en œuvre».

L'Africa CEO Forum est organisé par Jeune Afrique Media Group en partenariat avec l'IFC (International Finance Corporation, filiale de la Banque mondiale). Fondé en 2012, il se tient chaque année dans une capitale africaine différente. La ZLECAf (Zone de libre-échange continentale africaine) a été lancée en 2018 et couvre théoriquement 55 pays membres de l'Union africaine. Son PIB combiné dépasse 3 000 milliards de dollars.

Le contexte mondial : pourquoi l'Afrique n'a plus le luxe d'attendre

Ce forum de 2026 se tient dans un environnement international radicalement différent de celui des éditions précédentes. La montée des tensions commerciales mondiales — portée par la politique protectionniste américaine sous l'administration Trump, la guerre commerciale sino-américaine, le recul du multilatéralisme — recompose les chaînes de valeur mondiales à une vitesse sans précédent. Pour l'Afrique, ce moment est à double tranchant.

D'un côté, il crée une opportunité : dans un monde qui cherche à diversifier ses sources d'approvisionnement — en minerais critiques, en énergie, en main-d'œuvre qualifiée — le continent africain dispose d'atouts considérables. L'Afrique détient une part disproportionnée des réserves mondiales de cobalt, lithium, manganèse, et autres ressources indispensables à la transition énergétique. Sa démographie — le continent abritera 2,5 milliards d'habitants en 2050 — est un marché intérieur en devenir. Ses énergies renouvelables — solaire, hydraulique, géothermique — sont parmi les moins exploitées au monde.

De l'autre côté, ce moment crée un risque : si les entreprises africaines restent sous-dimensionnées, elles ne pourront pas capturer la valeur de ces ressources. Elles resteront exportatrices de matières premières brutes, extractrices de richesses pour d'autres, incapables de transformer localement, d'industrialiser, d'innover. C'est précisément cette logique extractive — héritée de la colonisation et perpétuée dans les modèles économiques post-indépendance — que le Forum entend renverser.

Kigali 2026 : engagements concrets ou grand-messe des bonnes intentions ?

La question mérite d'être posée avec lucidité. L'Africa CEO Forum, dans ses précédentes éditions, a produit des déclarations ambitieuses, des accords de principe et des partenariats annoncés. Mais les observateurs critiques — et les chiffres — rappellent régulièrement le fossé entre les discours de Kigali et les réalités du terrain.

La ZLECAf, dix ans après son lancement, reste en deçà de ses ambitions. Les flux d'investissement intra-africains représentent encore moins de 15 % du total des investissements directs étrangers reçus par le continent. Et les «champions africains» qui devaient émerger du grand marché commun sont encore trop rares pour peser face aux GAFAM, aux conglomérats asiatiques ou aux grandes entreprises européennes.

Ce que le Forum 2026 apporte de nouveau, c'est peut-être moins une réponse définitive qu'une reformulation radicale de la question. En affirmant que la croissance seule ne suffit plus, et qu'il faut désormais viser la «propriété partagée» — c'est-à-dire que les Africains contrôlent effectivement les actifs, les infrastructures et les technologies de leur continent — les organisateurs touchent à quelque chose de profond.

Car ce qui est en jeu à Kigali, c'est une idée simple mais transformatrice : l'Afrique ne peut pas se contenter de croître. Elle doit grandir différemment, en partageant les risques, les capitaux et les structures au lieu de reproduire des modèles nationaux fragmentés. «Scale or Fail» — croître ou périr. L'enjeu mérite d'être pris au mot.

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Auteur
May 14, 2026 21:26
Crée
May 14, 2026 21:27
Mis à jour
Africa CEO Forum : le Davos africain est en marche
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Temps de lecture
May 14, 2026 21:27
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