
L’Afrique du Sud connaît depuis la fin mars 2026 une nouvelle poussée de violences xénophobes. Des manifestations anti‑migrants ont dégénéré à KuGompo City (province du Cap‑Oriental) puis à Pretoria et Johannesburg, avec une dizaine de véhicules incendiés, des commerces pillés et une pluie de balles en caoutchouc. Selon la ministre nigériane des Affaires étrangères, au moins deux ressortissants nigérians ont perdu la vie dans des incidents distincts impliquant des agents de sécurité sud‑africains. Face à la montée des violences orchestrées par des groupes comme « March and March » ou « Operation Dudula », plusieurs ambassades – Ghana, Nigeria – ont conseillé à leurs citoyens de fermer leurs magasins et de se terrer. Abuja a déjà annoncé l’organisation de vols de rapatriement volontaire, avec plus de 300 demandes enregistrées. Cette flambée, qui ravive les souvenirs des vagues meurtrières de 2008 (62 morts) et 2015, met une fois de plus en lumière les tensions autour du chômage, de l’accès aux services publics et du sentiment anti‑étrangers dans ce pays qui compte officiellement environ 2,4 millions de migrants, soit moins de 4 % de la population.
KuGompo City et la polémique du « roi des Igbo » – la mèche qui a tout enflammé
Les violences n’ont pas éclaté par hasard. Tout a commencé en pleine zone balnéaire réputée pour son industrie automobile et ses spots de surf. Lundi 30 mars, KuGompo City (province du Cap‑Oriental) a vu son calme voler en éclats. Une manifestation contre « la présence d’étrangers dans le pays » a rapidement dégénéré. À la fin des heurts, on dénombrait une dizaine de véhicules calcinés, des magasins saccagés – souvent la propriété de commerçants originaires du Nigeria, du Ghana ou du Zimbabwe – et des forces de l’ordre qui avaient dû tirer des balles en caoutchouc pour disperser la foule.
Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est la diffusion sur les réseaux sociaux d’images apparemment anodines : une cérémonie traditionnelle nigériane au cours de laquelle un représentant de la diaspora reçoit le titre d’« igwe » (chef coutumier chez les Igbo). Pour une partie des chefs traditionnels sud‑africains, cette intronisation était « une violation flagrante des protocoles coutumiers établis, une atteinte directe à l’institution du leadership traditionnel et un mépris inquiétant du cadre constitutionnel et législatif ». Ce sentiment d’un « étranger qui s’arroge un pouvoir symbolique sur notre terre » a immédiatement été instrumentalisé par des groupes radicaux locaux, ravivant une fibre xénophobe toujours prête à s’embraser.
Cape Town and Marrakech appeal to international food lovers
Lire l'articleMarrakech et Le Cap séduisent les gourmets internationaux
Lire l'articlePretoria et Johannesburg : des manifestations encadrées mais une peur qui s’installe
La tension n’est pas retombée après mars. En avril, l’inquiétude s’est déplacée vers les grandes métropoles. Une manifestation a rassemblé des centaines de personnes dans les rues de Pretoria, se dirigeant vers les Union Buildings – le siège officiel du gouvernement. Des pancartes faites à la main, des t‑shirts à slogans anti‑migrants, des appels à « fermer les commerces des étrangers » ; l’ambiance était électrique. Un manifestant a confié à la BBC : « C’est l’afflux d’immigrants clandestins qui m’a poussé à venir. Les politiciens ne font rien. »
Face à cette montée du péril, plusieurs ambassades ont pris des mesures exceptionnelles. Le haut‑commissariat du Ghana a invité ses ressortissants à « donner la priorité absolue à leur sécurité personnelle », à fermer leurs boutiques et à « faire profil bas ». L’Union nigériane d’Afrique du Sud a demandé à ses membres de rester chez eux un jour de manifestation. Dans l’arrière‑salle de son magasin de bijoux au centre‑ville de Johannesburg, Alhajioko (prénom modifié), un Nigérian d’une soixantaine d’années installé en Afrique du Sud depuis vingt‑cinq ans, garde un œil sur la porte d’entrée : « Je m’apprêtais à garer ma voiture quand je les ai vus. J’ai tout de suite fait demi‑tour. Je préfère perdre tout ce que j’ai construit ici plutôt que mourir. »
Morts, rapatriements et lassitude des communautés étrangères
Les violences ne se sont pas limitées à des slogans et des dégradations matérielles. Selon un communiqué de la ministre nigériane des Affaires étrangères publié sur X le 3 mai, au moins deux Nigérians ont été tués lors d’incidents impliquant des agents de sécurité sud‑africains. Abuja s’est dit prêt à organiser des vols de rapatriement pour ceux qui souhaitent rentrer. En quelques jours, « 300 personnes ont lancé une demande », affirme Frank Onyekwelu, président de l’association des citoyens nigérians d’Afrique du Sud.
C’est un profond découragement qui saisit les communautés étrangères. « Ce n’est pas normal, car nous sommes noirs, nous sommes frères… tout le monde vient ici simplement pour survivre. » témoigne un commerçant nigérian contraint de fermer son échoppe à Pretoria. Les chiffres officiels rappellent pourtant que les migrants ne représentent qu’environ 2,4 millions de personnes sur une population de plus de 60 millions d’habitants, soit moins de 4 %, et que la plupart viennent des pays voisins (Lesotho, Zimbabwe, Mozambique). Mais le ressentiment dépasse la réalité statistique ; il se nourrit d’un chômage avoisinant les 33 %, de logements insuffisants et d’un sentiment que « l’étranger vole le pain des Sud‑Africains ».

Une vague de violences qui s’inscrit dans un cycle historique tragique
Cette poussée de fièvre n’est ni une première ni une surprise. L’Afrique du Sud connaît régulièrement des explosions de xénophobie, parfois très meurtrières. En mai 2008, une soixantaine de personnes avaient perdu la vie. En avril 2015, de nouvelles attaques à Durban et à Johannesburg avaient fait officiellement sept morts, poussant l’armée à épauler la police. Chaque fois, les mêmes mécanismes : des quartiers populaires où le taux de chômage est vertigineux, des discours politiques ou médiatiques qui désignent l’immigré comme bouc émissaire, et des groupes radicaux – comme « March and March » ou « Operation Dudula » – qui surfent sur la colère en appelant explicitement les migrants à « faire leurs valises ».
Une crise qui dépasse les frontières : les réactions internationales
Au‑delà des drames humains, ces violences ont des répercussions diplomatiques immédiates. Le Nigeria a non seulement proposé des vols de rapatriement, mais il observe avec une grande méfiance le traitement réservé à ses ressortissants. Le Ghana a émis des consignes de prudence. D’autres pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique australe surveillent la situation. Le président sud‑africain Cyril Ramaphosa a tenté d’éteindre l’incendie en rappelant, lors de la Journée de la liberté, la dette de son pays envers les nations qui ont soutenu la lutte contre l’apartheid : « Nos inquiétudes ne doivent pas engendrer des préjugés et de la haine envers nos frères africains. » Mais sur le terrain, ces déclarations peinent à apaiser une peur bien réelle, celle de migrants qui ne savent plus s’ils doivent rester et se terrer, ou plier bagage.
Contactez la rédaction
Découvrez Le Grand Courant – votre source incontournable d'actualités et votre partenaire de croissance ! Restez informé(e) avec nos analyses exclusives sur l'économie, la politique et la culture, tout en profitant d'une plateforme idéale pour promouvoir vos produits ou services auprès d'une audience engagée. Que vous soyez lecteur passionné ou entreprise ambitieuse, nous vous offrons une visibilité optimale grâce à des abonnements premium et des solutions publicitaires sur mesure (articles sponsorisés, bannières, interviews). Rejoignez notre communauté dynamique de décideurs et d'influenceurs !
Contactez-nous dès maintenant pour vous abonner ou promouvoir votre marque, et suivez-nous sur @legrandcourant









.webp)

.webp)












Rejoignez notre channel WhatsApp