
Le 8 mai 2026, Marrakech accueillait la deuxième édition du Forum économique des Marocains du monde, organisé par la Fondation Trophées Marocains du Monde (TMM). Le constat des décideurs publics, investisseurs et entrepreneurs réunis dans la salle est sans appel : la diaspora change de nature. Longtemps cantonnée au rôle de pourvoyeur de devises via les transferts d'argent – qui ont atteint 29,7 milliards de dirhams à fin mars 2026, en hausse de 11,7% – elle devient un acteur majeur de l'investissement productif et de l'innovation. Le chiffre choc de la journée est venu de Said Jabrani, directeur général de Tamwilcom : « 50% des start-up que nous avons accompagnées sont portées par des MRE. » De la fintech à l'intelligence artificielle en passant par l'agriculture de précision, les entrepreneurs de la diaspora investissent massivement dans les secteurs d'avenir du Royaume, apportant non seulement des capitaux mais aussi une double culture et une expertise internationale.
Pendant des décennies, les Marocains résidant à l'étranger (MRE) étaient perçus, dans l'imaginaire collectif comme dans les statistiques officielles, comme des pourvoyeurs de devises. Leurs transferts d'argent, destinés à soutenir les familles restées au pays, représentaient une manne financière non négligeable pour l'économie nationale : près de 112 milliards de dirhams en 2025, selon les données de l'Office des changes. Mais ce modèle est en train de voler en éclats.
Le 8 mai 2026, à Marrakech, la deuxième édition du Forum économique des Marocains du monde a acté un changement de paradigme. Réunis à l'initiative de la Fondation Trophées Marocains du Monde (TMM), décideurs publics, investisseurs et entrepreneurs venus d'Europe, d'Amérique du Nord, du Golfe et d'Asie ont passé une journée entière à décortiquer un enjeu devenu central dans l'agenda économique du Royaume : comment transformer les Marocains du monde, longtemps cantonnés au rôle de pourvoyeurs de transferts, en véritables acteurs de l'investissement productif ?
Du transfert passif à l'investissement actif : une mutation en marche
« La contribution des Marocains du monde ne se limite plus aux transferts financiers, elle s'inscrit désormais dans une logique d'investissement productif et de création de valeur. » C'est par ces mots qu'Amine Saad, président de la Fondation TMM, a ouvert les débats, donnant le ton d'une journée placée sous le signe de l'ambition et de la transformation.
Loin d'être anecdotique, cette déclaration traduit une réalité économique que les chiffres commencent à attester. Les transferts de fonds des MRE, bien qu'en hausse constante – 29,7 milliards de dirhams à fin mars 2026, contre 26,62 milliards à la même période en 2025, soit une progression de 11,7% – ne constituent plus le seul indicateur de la vitalité de la diaspora. Désormais, c'est du côté de l'investissement productif que se joue l'avenir de la relation entre le Maroc et ses six millions de ressortissants établis à l'étranger.
Le premier panel, consacré à l'investissement productif et à l'innovation, a permis de poser les bases chiffrées de cette mutation. Ali Seddiki, directeur général de l'Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE), a livré une statistique qui en dit long sur la dynamique en cours : les investissements directs étrangers (IDE) ont frôlé les 7 milliards de dollars en 2025 et progressent de près de 40% en glissement sur 2026.
Mais au-delà des flux globaux, c'est la place spécifique des Marocains du monde dans cet élan qui est en jeu. La diaspora marocaine, avec ses six millions d'individus, ses compétences diverses et sa double culture, représente un atout considérable pour le Royaume. Pour l'heure, seuls 15% de ces Marocains résidant à l'étranger contribuent à l'investissement. Une proportion encore faible, mais qui laisse entrevoir un potentiel de croissance immense. L'enjeu pour les autorités marocaines est donc de convaincre les 85% restants de franchir le pas.
Gims et le blanchiment : peines encourues, procédure et avenir judiciaire décryptés
Lire l'articleGims, la star tombée du ciel face aux juges
Lire l'articleCoupe d’Afrique des nations 2025 : au-delà du sport
Lire l'articleLes chiffres qui font basculer le paradigme
La journée de Marrakech a été rythmée par des annonces et des données chiffrées qui ont dessiné les contours d'une nouvelle ère économique pour le Maroc. Trois panels thématiques, une keynote et une cérémonie de remise de trophées ont permis aux différents acteurs de l'écosystème – publics et privés – de dresser un état des lieux lucide des avancées réalisées et des défis qui restent à relever.
Le message essentiel qui s'est dégagé des échanges est le suivant : le Maroc a construit l'infrastructure de l'investissement. Reste à convaincre sa diaspora de l'utiliser.
Ce n'est pas un constat d'échec, mais plutôt la reconnaissance d'un travail de fond engagé depuis plusieurs années. En matière de facilitation administrative, de zones industrielles, de parcs technologiques et d'incitations fiscales, le Royaume a considérablement amélioré son attractivité. La création du Fonds Mohammed VI pour l'investissement (FM6I), doté d'une enveloppe conséquente, la réforme de la Charte de l'investissement et la simplification des procédures administratives via la plateforme « Invest in Morocco » ont largement contribué à améliorer le climat des affaires.
Pourtant, un obstacle persiste : la méconnaissance de ces dispositifs par une partie de la diaspora, et parfois une certaine méfiance héritée du passé. Le forum de Marrakech a justement vocation à servir de pont entre les institutionnels et les porteurs de projets, pour lever ces freins psychologiques et informationnels.
50% des start-up nationales sont portées par la diaspora
Le chiffre choc de la journée est venu de Said Jabrani, directeur général de Tamwilcom, le groupe de garantie et de financement de l'entrepreneuriat. Son intervention a marqué les esprits : « 50% des start-up que nous avons accompagnées sont portées par des MRE. » Une proportion qui dit long sur le profil de l'entrepreneur de la diaspora : souvent jeune, souvent au fait des mutations technologiques, souvent porteur d'une double culture dont le Maroc peut tirer profit.
Cette photographie de l'entrepreneuriat MRE n'est pas le fruit du hasard. La diaspora marocaine, exposée aux écosystèmes d'innovation des pays où elle réside – France, Canada, États-Unis, pays du Golfe –, a acquis des compétences pointues dans les technologies de pointe. À son retour ou dans ses investissements à distance, elle apporte non seulement des capitaux, mais aussi une vision, des méthodes de travail et un réseau international.
Lamiae Benmakhlouf, directrice générale de Technopark, a abondé dans le même sens, évoquant un écosystème de six parcs technologiques, un pôle de 500 start-up, dont 20% portées par la diaspora. Elle décrit ces projets comme des « smart investments » : « Ce n'est pas juste un investissement financier, c'est un apport d'expertise, de partage d'expérience et de knowledge sharing avec les start-up locales. »
Les secteurs ciblés par ces entrepreneurs de la diaspora couvrent désormais l'essentiel des priorités stratégiques du pays : de la fintech à l'agriculture de précision, en passant par l'intelligence artificielle (IA) appliquée à la santé. Cette diversification est essentielle pour l'économie marocaine, qui cherche à se positionner sur des créneaux à forte valeur ajoutée.
Côté financement, Mohamed Amimi, directeur exécutif de la Banque centrale populaire, a souligné une transformation notable dans la nature des dossiers reçus. Le MRE qui investissait jadis dans l'immobilier pour soutenir sa famille « devient aujourd'hui un investisseur stratégique ». Et la géographie des projets s'élargit : au-delà de la France, de l'Espagne et de l'Italie, des dossiers arrivent désormais des États-Unis, du Qatar, de Singapour, du Danemark. La diaspora, en d'autres termes, s'est mondialisée et ses ambitions avec elle.
Le programme « Morocco Accelerator » illustre parfaitement cette dynamique. Lancé par le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l'administration, en partenariat avec Technopark Morocco et la plateforme mondiale d'innovation Plug and Play, ce dispositif a annoncé le lancement de sa deuxième cohorte de startups le 6 avril 2026. Cette nouvelle promotion réunit 19 startups marocaines, dont certaines issues de la diaspora, opérant dans des domaines technologiques stratégiques : fintech, intelligence artificielle & data, healthtech, agritech, retailtech, deeptech & robotique, mobilité, travel tech et logtech.
Les 19 startups sélectionnées – Afdal, Aress, Arwa Solutions, Bespoke AI, Courtee, Gomobile, idyl.ma (YooD Group), Medivue, Millenium Connect, NESTPRO, NetForge, Notus, Payvaa, RAFID TECH, Redia Maroc, Repartrust Technologies, Sanadii, Vioo et Yzilog – illustrent la diversification et la montée en maturité de l'écosystème entrepreneurial marocain, avec une présence affirmée de solutions à forte intensité technologique. La place croissante de l'intelligence artificielle au sein de cette cohorte témoigne notamment du potentiel des startups marocaines à développer des solutions innovantes à forte valeur ajoutée.

Des dispositifs publics pour capter l'épargne des MRE
Le deuxième panel du forum a mis sur la table une question plus technique, mais tout aussi stratégique : comment mobiliser l'épargne de la diaspora autrement qu'à travers les canaux bancaires classiques ? Pour y répondre, le Maroc s'est doté d'une architecture de soutien public pensée pour accompagner chaque étape de vie d'un projet.
Trois paliers principaux ont été détaillés. Premier palier : une subvention pouvant atteindre 200 000 dirhams, sans obligation de remboursement, pour permettre à un porteur d'idée de tester et de structurer son concept. Deuxième palier : un prêt de 500 000 dirhams sans intérêts, accordé sur la base de la crédibilité du porteur, sans les garanties habituellement exigées par une banque. Troisième palier : un crédit d'accélération allant jusqu'à 2 millions de dirhams pour les projets qui ont fait leurs preuves.
À ces dispositifs s'ajoutent des outils de financement complémentaires. Le crowdfunding intervient en amont, pour des projets encore trop jeunes pour accéder au financement bancaire. Les fonds d'investissement apportent accompagnement et capital patient. Les banques sécurisent la montée en échelle.
Côté réglementation des changes, Younes Bouchelkha, représentant l'Office des changes, a tenu à dissiper une crainte récurrente chez les investisseurs potentiels : celle de ne pas pouvoir rapatrier les fruits d'un investissement. Les MRE bénéficient des mêmes garanties que les investisseurs étrangers non-résidents, c'est-à-dire une liberté totale de retransfert du capital et des revenus, ainsi que l'ouverture de comptes en devises ou en dirhams convertibles sans condition. Depuis 2015, les recettes MRE ont doublé, passant de 60,2 à 122 milliards de dirhams en 2025. « Ce sont des garanties fondamentales », a-t-il martelé.
Dans le même esprit, le fonds « MDM Invest », adossé à des crédits bancaires comme ceux proposés par BMCE Bank of Africa, permet aux MRE investisseurs de bénéficier d'une subvention de l'État à hauteur de 10% du montant de leur quote-part, sous forme d'une contribution allant jusqu'à 5 millions de dirhams. Un dispositif incitatif puissant pour les porteurs de projets de taille significative.
Le troisième panel a, lui, déplacé le curseur vers l'échelle régionale. Loin des grandes métropoles, des territoires comme l'Oriental voient se dessiner une nouvelle géographie de l'investissement MRE. Rachid Rami, directeur général du CRI Oriental, a dressé un portrait de sa région en pleine transformation : 150 milliards de dirhams d'investissements publics engagés depuis vingt ans pour doter le territoire en infrastructures. Aujourd'hui, la relève est attendue du côté privé et la diaspora y joue un rôle croissant. « 30 à 40% des projets industriels dans les parcs de la région sont portés directement ou indirectement par des Marocains du monde », a-t-il précisé. Secteurs concernés : industrie, IT, logistique, tourisme, santé… un panorama d'investissements qui se diversifie chaque année.
Parenthèse informative factuelle : Le Forum économique des Marocains du monde s'est achevé en beauté avec la remise des Trophées des entrepreneurs marocains du monde. Trois lauréats ont été distingués. Hafssa Chakibi, docteure-ingénieure en physico-chimie et fondatrice de Flora Sina, a remporté le Prix de l'Impact économique. Mohamed Bouzidi, co-fondateur et CEO d'Avaliance, s'est vu remettre le Prix de l'Innovation. Enfin, Kamal Bouzir, co-fondateur et CEO de Stanley Group, a décroché le Prix de l'Investissement. Trois trajectoires, trois secteurs et trois preuves que le vivier est bel et bien présent et qu'il ne demande qu'à être activé.
Analyse : Ce que cela change pour l'économie marocaine
La transformation de la diaspora marocaine en acteur de l'investissement productif n'est pas une simple tendance conjoncturelle. Elle s'inscrit dans une stratégie de long terme du Royaume, qui cherche à diversifier ses sources de croissance et à se positionner sur l'économie de la connaissance.
Premier enseignement : la fin du modèle « transferts vs immobilier ». Pendant des décennies, l'essentiel de l'épargne des MRE était capté par deux canaux : les transferts familiaux (consommation) et l'immobilier (épargne refuge avec une faible valeur ajoutée productive). L'émergence d'un investissement dans les start-up et les technologies de pointe marque une rupture. L'argent de la diaspora devient un levier de transformation structurelle de l'économie, et non plus un simple soutien à la consommation ou à l'immobilier résidentiel.
Deuxième enseignement : l'émergence d'une diaspora-entreprise. Les MRE ne sont plus seulement des individus envoyant de l'argent à leurs proches. Ils sont de plus en plus souvent des entrepreneurs, des business angels, des investisseurs structurés qui montent des dossiers, créent des emplois et ancrent des compétences au Maroc. Le chiffre de 50% des start-up accompagnées par Tamwilcom portées par des MRE en est la démonstration la plus éclatante.
Troisième enseignement : la montée en gamme technologique. Les secteurs dans lesquels la diaspora investit – fintech, IA, santé, agritech – sont précisément ceux où le Maroc a besoin de combler son retard pour devenir une économie à valeur ajoutée. En apportant non seulement des capitaux, mais aussi des compétences techniques et une expérience internationale, les MRE accélèrent la transition numérique du Royaume.
Quatrième enseignement : la bifurcation géographique. L'investissement MRE ne se concentre plus exclusivement sur Casablanca, Rabat ou Tanger. Des régions comme l'Oriental, longtemps en marge des grands flux d'investissement, attirent désormais 30 à 40% des projets industriels portés par la diaspora. C'est un facteur d'équilibrage territorial essentiel pour un pays confronté à des disparités régionales persistantes.
Conclusion éditorialiste :
Le Maroc est en train de gagner un pari audacieux : transformer sa diaspora – longtemps perçue comme une simple vache à lait – en un acteur clé de son développement technologique et industriel. Ce pari repose sur une conviction forte : les six millions de Marocains du monde ne sont pas seulement des atouts financiers, ce sont des atouts cognitifs, relationnels et stratégiques.
Pourtant, tout n'est pas encore gagné. Il reste des obstacles à lever : la complexité administrative, la méconnaissance des dispositifs d'aide, la fiscalité parfois dissuasive pour les investisseurs de retour. Et puis, il y a ce paradoxe : alors que le discours officiel vante les mérites de l'investissement productif, les transferts d'argent restent massifs. En 2025, ils approchaient les 112 milliards de dirhams. C'est plus de trois fois le budget de la santé. La diaspora continue donc d'envoyer de l'argent pour les besoins quotidiens de ses familles. Cela n'est pas près de s'arrêter. Mais l'investissement productif, lui, commence à prendre une place significative. Avec des chiffres comme 50% des start-up accompagnées par Tamwilcom, la bascule est en marche. En attendant, un défi demeure : faire en sorte que l'investissement productif prenne le pas sur les transferts passifs. Le chemin est encore long, mais la direction est la bonne.
Contactez la rédaction
Découvrez Le Grand Courant – votre source incontournable d'actualités et votre partenaire de croissance ! Restez informé(e) avec nos analyses exclusives sur l'économie, la politique et la culture, tout en profitant d'une plateforme idéale pour promouvoir vos produits ou services auprès d'une audience engagée. Que vous soyez lecteur passionné ou entreprise ambitieuse, nous vous offrons une visibilité optimale grâce à des abonnements premium et des solutions publicitaires sur mesure (articles sponsorisés, bannières, interviews). Rejoignez notre communauté dynamique de décideurs et d'influenceurs !
Contactez-nous dès maintenant pour vous abonner ou promouvoir votre marque, et suivez-nous sur @legrandcourant









.webp)

.webp)











Rejoignez notre channel WhatsApp