BAMAKO, 14 mai 2026 (Le Grand Courant) — Depuis le 28 avril 2026, les jihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, ont instauré un blocus routier autour de la capitale malienne, Bamako, paralysant les axes d'approvisionnement essentiels d'un pays enclavé et plongeant sa population dans une anxiété croissante. Après les offensives coordonnées du 25 avril contre plusieurs grandes villes — dont la capitale elle-même — et la perte de la ville stratégique de Kidal, la junte du général Assimi Goïta se retrouve confrontée à la plus grave crise sécuritaire depuis son arrivée au pouvoir. Le bilan humain ne cesse de s'alourdir : plusieurs dizaines de civils ont péri dans de nouvelles attaques dans le centre du pays les 7 et 9 mai, selon l'AFP.

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Le 25 avril 2026 : la nuit où le Mali a basculé

Il y a des dates qui s'impriment dans la chair d'un peuple. Le 25 avril 2026 est de celles-là pour le Mali. Ce soir-là, alors que la chaleur de fin de mois pesait encore sur les rues de Bamako, des combats éclataient simultanément dans au moins sept localités du pays : la capitale, Kati, Gao, Mopti, Sévaré, Bourem et Kidal. L'offensive avait été méticuleusement planifiée. Elle était signée JNIM — le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans, branche sahélienne d'Al-Qaïda — et FLA, le Front de libération de l'Azawad, la rébellion touareg séparatiste. Ensemble, ils lançaient ce que les analystes ont immédiatement qualifié d'«attaque la plus coordonnée de l'histoire récente du conflit malien».

À Bamako, des échanges de tirs ont été signalés dans les artères de la capitale et à proximité immédiate de l'aéroport international. À Kati, le camp militaire qui abrite le cœur du commandement de la junte a été directement visé. Dans le nord, c'est la chute de Kidal qui a fait l'effet d'un séisme : la ville, symbole des accords de paix depuis des années, est passée sous le contrôle des rebelles du FLA et des jihadistes du JNIM. Un hélicoptère Mi-8 appartenant au groupe paramilitaire Africa Corps — les Russes qui épaulaient la junte depuis le départ des forces françaises — a été abattu à Wabaria. Des négociations ont rapidement été engagées pour permettre un retrait des mercenaires russes des zones de combat.

La mort, dans des circonstances encore partiellement obscures, du général Sadio Camara, figure emblématique de la junte malienne et ministre de la Défense, est venue aggraver un peu plus la désorientation du régime. Le général Assimi Goïta, chef de l'État, a aussitôt repris lui-même le portefeuille de la Défense, signalant par là même l'ampleur de la vacance au sommet du commandement militaire.

Ce qui frappe, dans le récit de ces heures, c'est moins la brutalité des attaques — le Mali y est malheureusement habitué — que leur simultanéité, leur précision géographique et leur revendication affichée. Le JNIM ne cherchait pas seulement à frapper : il cherchait à démontrer sa capacité à paralyser un État.

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Le blocus : Bamako étranglée, l'économie à l'arrêt

Trois jours après les attaques du 25 avril, le JNIM franchissait un nouveau seuil. Le 28 avril, le groupe annonçait solennellement l'instauration d'un blocus routier autour de Bamako. La formulation était lapidaire, presque militaire dans sa froideur : personne n'y entrera plus. Le groupe présentait cette décision comme une mesure de représailles contre les habitants de la capitale, accusés d'avoir «aidé l'armée à capturer et à tuer» des jihadistes.

Dans les faits, le blocus s'est traduit par un contrôle des principaux axes routiers menant vers Bamako. Le Mali est un pays enclavé, dont l'économie repose entièrement sur le transport terrestre pour ses importations de carburant, de denrées alimentaires et de produits manufacturés. Cette réalité géographique et logistique constitue une vulnérabilité structurelle d'une redoutable efficacité entre les mains de qui veut asphyxier la capitale.

Dès les premiers jours de mai, les conséquences se sont fait sentir dans les rues de Bamako. Des files d'attente de motocyclistes ont commencé à se former aux stations-service, le gasoil devenant quasi introuvable selon les correspondants de l'AFP sur place. Des bus de transport en commun et des convois de marchandises ont été incendiés par les jihadistes sur les routes d'accès, ont rapporté France 24 et Jeune Afrique. Le 9 mai, les jihadistes ont à nouveau incendié plusieurs véhicules en route vers la capitale.
Samedi 10 mai, les autorités maliennes ont assuré avoir réceptionné plus de 700 citernes de carburant ayant pu pénétrer dans la ville par l'axe reliant Bamako à la Côte d'Ivoire — une route que les jihadistes n'ont pas encore entièrement fermée. Un soulagement partiel, provisoire et très relatif.

Si les denrées alimentaires ne manquaient pas encore dans les marchés au 12 mai, selon RFI, les difficultés s'accumulent : hausse des prix, ralentissement des livraisons, incertitude sur la durée du blocus. Pour les Bamakois et les Bamakoises qui survivent au jour le jour, chaque semaine de blocage supplémentaire alourdit une équation déjà complexe. Et les populations les plus vulnérables — familles à faibles revenus, vendeurs informels, femmes qui assurent seules la subsistance de leur foyer — sont, une fois encore, les premières à en payer le prix.

Des attaques meurtrières dans le centre : la tactique de la terreur

Parallèlement au blocus de la capitale, le JNIM a maintenu une pression meurtrière dans le centre du pays, notamment dans les régions de Bandiagara et Mopti. Les 7 et 9 mai 2026, de nouvelles attaques ont causé la mort de plusieurs dizaines de personnes, selon des sources sécuritaires et locales.

Revendiquées par les jihadistes, ces offensives visaient des localités qui avaient refusé de signer des «accords locaux» avec le JNIM. Une source sécuritaire interrogée par l'AFP a qualifié la situation dans la région d'«inquiétante». La Commission nationale des droits de l'Homme (CNDH) du Mali, dans un communiqué transmis à l'AFP le 10 mai, a condamné ces attaques qu'elle décrit comme des «atteintes graves aux droits de l'Homme et au droit international humanitaire», tout en s'exprimant dans les limites que lui impose un contexte politique contrôlé par la junte.

Par ailleurs, en Ituri, dans l'est de la République démocratique du Congo — pour mesurer à quel point la violence jihadiste déborde les frontières maliennes — une nouvelle attaque du groupe islamiste ADF a coûté la vie à au moins neuf personnes le 12 mai, selon le Centre d'études stratégiques de l'Afrique.

La stratégie du JNIM semble désormais claire : multiplier les fronts, disperser les forces de la junte, isoler Bamako et démontrer que le pouvoir militaire est incapable de garantir la sécurité de base à sa population.

Le JNIM (Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans) est la principale organisation jihadiste active au Sahel, affiliée à Al-Qaïda. Fondé en 2017, il est dirigé par Iyad Ag Ghaly. Le Mali est gouverné depuis 2020 par une junte militaire conduite par le général Assimi Goïta. La France a retiré ses forces militaires du pays en 2022-2023. Le groupe paramilitaire russe Africa Corps (ex-Wagner) est présent au Mali depuis 2021.

La junte acculée : arrestations, silence des alliés, mobilisation patriotique

Face à l'ampleur des secousses, la réaction de la junte d'Assimi Goïta s'est traduite par plusieurs mouvements. Sur le plan militaire, un remaniement a été opéré après les attaques, avec la nomination d'un nouveau chef de l'armée. Sur le plan politique, la junte a maintenu sa ligne habituelle : refus catégorique de tout dialogue avec les groupes armés, qualifiés de «terroristes», et arrestations de personnalités jugées suspectes.

Plusieurs opposants et militaires ont été placés en détention dans les zones encore sous contrôle du gouvernement. Une pratique qui inquiète les organisations de défense des droits humains, même si, dans un pays où la liberté de la presse est sévèrement contrainte — notamment depuis la suspension des médias étrangers au Niger voisin, les ondes sahéliennes se ferment de toutes parts — ces voix peinent à se faire entendre.

Samedi 9 mai, environ un millier de personnes se sont rassemblées à Bamako pour ce que les organisateurs ont décrit comme «une grande mobilisation patriotique» en soutien à la junte. Un chiffre modeste pour une capitale de deux millions d'habitants, qui dit peut-être mieux que les discours officiels l'état de l'opinion.

À l'international, le silence pesant de l'Alliance des États du Sahel — regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger — a été remarqué. Selon Le Monde, les condamnations les plus claires des offensives jihadistes contre la junte malienne sont venues de ses adversaires géopolitiques, à commencer par la CEDEAO. L'ONU a, elle, fermement condamné les attaques et appelé à une réaction internationale coordonnée. Mais le Mali a justement tourné le dos aux organisations régionales et internationales pour se rapprocher de la Russie — dont l'Africa Corps se retire désormais du terrain.

Vers un point de bascule ? L'avenir incertain du Mali

Ce qui se joue au Mali en ce printemps 2026 dépasse largement les frontières maliennes. Le pays est devenu le symbole d'une impasse sahélienne : après avoir chassé les forces françaises, rompu avec la CEDEAO, accueilli les Russes d'Africa Corps et théorisé une souveraineté totale, la junte se retrouve aujourd'hui plus isolée et plus vulnérable que jamais. Les partenaires qu'elle avait choisis — la Russie, au premier rang — semblent incapables ou peu disposés à tenir les promesses militaires implicitement formulées au moment de la rupture avec Paris.

Pour les Maliens ordinaires — les femmes qui portent l'eau depuis les marigots depuis que l'électricité s'est davantage dégradée à Bamako ces dernières semaines, les transporteurs qui n'osent plus prendre la route, les commerçants qui voient leurs stocks fondre —, les débats géopolitiques sur la souveraineté semblent bien lointains. Ce qu'ils vivent, c'est un présent de pénuries, d'insécurité et d'incertitude.

La France, qui tentait au même moment de «réinventer» son partenariat avec l'Afrique lors du sommet Africa Forward à Nairobi (11-12 mai), regardait la situation malienne de loin, officiellement sans voix dans ce dossier. La CEDEAO, qu'Assimi Goïta avait rejetée, refaisait surface comme la seule organisation régionale capable de proposer un cadre de sortie de crise — si tant est que la junte consente un jour à y revenir.

Car la vraie question posée par le blocus de Bamako n'est pas sécuritaire, ni même humanitaire : elle est politique. Peut-on gouverner un État enclavé, aux ressources fragiles, dans un environnement jihadiste actif, sans aucun partenaire régional fiable, sans légitimité démocratique et sans dialogue avec ses propres groupes armés ? La réponse que le JNIM impose aux Maliens depuis le 25 avril 2026 est, pour l'heure, cinglante.

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May 14, 2026 20:54
Crée
May 14, 2026 20:54
Mis à jour
Mali : Bamako sous blocus jihadiste total
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May 14, 2026 20:54
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