Derrière l’embrasement médiatique des derniers mois, les violences xénophobes en Afrique du Sud puisent leurs racines dans un terreau structurel : chômage endémique (environ 33 %), inégalités persistantes, héritage de l’apartheid et instrumentalisation politique de la peur par des groupes radicaux comme « Operation Dudula » ou « March and March ». Selon Human Rights Watch, le pays souffre d’une xénophobie chronique, malgré un plan d’action national annoncé en 2019. Les migrants résidant en Afrique du Sud – dont 250 000 réfugiés et demandeurs d’asile selon l’ONU – sont régulièrement accusés de « voler » les emplois et de profiter des services publics. Les conséquences dépassent les frontières : des tensions diplomatiques avec le Nigeria, des appels au boycott économique, et une image internationale ternie pour la première puissance industrielle du continent. Alors que des personnalités politiques, comme le ministre de la Culture Gayton McKenzie, tiennent des positions ouvertement xénophobes, la société civile et certains partis tentent de résister. Mais le chemin vers l’apaisement reste semé d’embûches.

Le Grand Courant
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L’économie du bouc émissaire : chômage, pauvreté et concurrence fantasmée

Pour comprendre les violences, il faut regarder les chiffres. Le taux de chômage en Afrique du Sud oscille autour de 33 %, l’un des plus élevés au monde. Chez les jeunes, il dépasse 60 % dans certaines régions. Les townships – ces anciens ghettos de l’apartheid – cumulent pauvreté, logements insalubres et absence de perspectives. Dans ce contexte, un migrant prêt à accepvoir un salaire plus bas pour un travail précaire devient une proie idéale. D’autant plus que les migrants ne représentent qu’environ 2,4 millions de personnes (moins de 4 % de la population), ce qui rend leur désignation comme cause du chômage totalement disproportionnée.

Comme le rappelle un rapport de la BBC, « ces groupes accusent les immigrés clandestins d’être responsables de l’état de l’économie du pays, du manque de logements et de l’explosion de la criminalité ». Les faits donnent pourtant tort à cette lecture : de nombreuses études montrent que les migrants créent aussi des emplois, paient des loyers et contribuent à l’économie informelle. Mais dans les faubourgs déshérités de Johannesburg ou de Durban, la vérité rationnelle perd face à la nécessité vitale de trouver un coupable.

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L’héritage de l’apartheid et la normalisation de la haine par les groupes radicaux

L’Afrique du Sud n’a jamais complètement guéri de son passé. L’apartheid a institutionnalisé la séparation raciale, mais il a aussi laissé une société profondément fracturée. Aujourd’hui, des groupes comme « Operation Dudula » (mouvement qui signifie « reprendre la place » en zoulou) ou « March and March » surfent sur cette fragmentation. Leurs consignes sont explicites : ils appellent à expulser tous les migrants, à les chasser physiquement. Sur les réseaux sociaux, leurs partisans partagent des listes d’adresses de boutiques appartenant à des étrangers pour encourager des actions violentes.

Certaines autorités ne cachent pas leur sympathie pour ce discours. Le ministre de la Culture, Gayton McKenzie, a ainsi exigé qu’une candidate à Miss Afrique du Sud – dont le père est nigérian – « prouve » sa nationalité, déclenchant une vague de harcèlement. De telles déclarations venant d’un membre du gouvernement légitiment une partie de la violence anti‑étrangers. Parallèlement, le parti radical de gauche Economic Freedom Fighters (EFF) a pris une position opposée, dénonçant ces attaques comme des « vestiges de l’apartheid où les idéologies de division continuent de sévir »

La dimension régionale : quand la xénophobie sud‑africaine empoisonne la coopération panafricaine

Les conséquences des violences ne s’arrêtent pas aux frontières du pays. Le Nigeria, première économie africaine, surveille de très près le sort de ses ressortissants. Abuja a déjà menacé d’organiser des rapatriements massifs et d’envisager des représailles économiques – même si des solutions diplomatiques restent privilégiées pour l’instant. Le Ghana émet des consignes de sécurité. Le Zimbabwe et le Mozambique, dont les citoyens fournissent une main‑d’œuvre essentielle dans les mines et les fermes sud‑africaines, commencent à alerter sur les risques de « guerre des pauvres ».

L’ONU et Human Rights Watch dénoncent régulièrement le caractère structurel de la xénophobie en Afrique du Sud, rappelant qu’un plan d’action national annoncé en grandes pompes en 2019 est resté largement lettre morte. Le président Cyril Ramaphosa lui‑même a dû user de son autorité morale le 27 avril lors de la Journée de la liberté, en rappelant aux Sud‑Africains que d’autres nations africaines les avaient soutenus contre l’apartheid. Mais ses appels à la retenue sont noyés dans le bruit des réseaux sociaux et l’indifférence des quartiers abandonnés.

À retenir : sur les 2,4 millions de migrants en Afrique du Sud, environ 250 000 sont des réfugiés ou demandeurs d’asile reconnus par l’ONU. Les groupes radicaux anti‑migrants comme « Operation Dudula » se sont structurés après 2018 et bénéficient d’une certaine complaisance politique. Depuis 2008, près de 350 étrangers ont perdu la vie dans des violences xénophobes, sans que les commanditaires aient jamais été inquiétés

Peut‑on briser le cycle ? Pistes et obstacles

Briser le cycle de la xénophobie suppose de s’attaquer à ses causes profondes : l’extrême pauvreté, le chômage, le manque de logements, mais aussi l’absence d’une éducation à la tolérance dans les écoles. Des ONG tentent de mettre en place des dialogues entre communautés sud‑africaines et migrants, tandis que des personnalités religieuses appellent à la réconciliation. Quelques réussites locales existent : dans certains townships, des comités de quartier mixtes ont réussi à prévenir plusieurs attaques.

Cependant, la dynamique est lourde. L’impunité pour les auteurs de violences xénophobes reste la norme ; sur plus de 350 étrangers tués depuis 2008, les condamnations sont rarissimes. Sans répression ferme et sans politique économique qui redonne espoir aux jeunes Sud‑Africains, les mêmes flammes se raviveront tôt ou tard.

Conclusion : une nation arc‑en‑ciel au crépuscule ?

L’Afrique du Sud a longtemps été présentée comme un modèle de réconciliation. Aujourd’hui, ses quartiers populaires ressemblent parfois à des champs de bataille identitaires. Les migrants africains – Nigérians, Ghanéens, Congolais, Zimbabwéens – paient un lourd tribut à une colère qu’ils n’ont pas créée. Si les Sud‑Africains ne parviennent pas à dissocier leur détresse sociale de la présence étrangère, c’est tout l’édifice fragile de la « nation arc‑en‑ciel » qui pourrait vaciller. Dans les jours à venir, notre dossier explorera plus avant les solutions envisageables – législatives, sécuritaires, éducatives – pour tenter de panser ces plaies.

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Auteur
May 14, 2026 15:10
Crée
May 14, 2026 15:11
Mis à jour
Sud‑Afrique : pourquoi la xénophobie explose‑t‑elle ?
1min
Temps de lecture
May 14, 2026 15:11
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